CHAPITRE QUINZIÈME
jetés sur le rivage de la Seine ou sur le littoral, en eussent fait promptenient justice; mais aucun effort sérieux ne devait être tenté, ni pour punir l'ennemi, ni même pour l'empêcher de détruire l'important viaduc de Mirville, qui était le principal but de son expédition.
Dès le 14, un détachement de pionniers, escorté de quelques dragons et d'un piquet d'infanterie, avait été dirigé sur Mirville, où il se mit en devoir de miner le viaduc. Le hasard voulut qu'un ancien officier de spahis, chef des guides à cheval du Calvados, parti à la découverte, arrivât vers cinq heurse du soir à la station de Beuzeville avec une douzaine de cavaliers. Ayant appris du chef de gare ce qui se passait, le capitaine de la Villeurnoy, à peine suivi, fondit sur l'ennemi, le mousqueton au poing, avec la même assurance que s'il eût été à la tête d'un escadron. Troublés dans leur opération, les Prussiens s'enfuirent à toutes jambes, abandonnant leurs voitures et leurs outils, et ne revinrent que dans la soirée avec du renfort.
Le lendemain, pour permettre à ses pionniers d'établir avec plus de sécurité leurs fourneaux de mine et les garantir contre une nouvelle surprise, le capitaine de Frantzius fit une pointe dans la direction du Havre. De son côté, le général Loysel crut qu'il suffirait, pour se faire respecter, d'envoyer aux avantpostes quelques corps francs ; sur ses ordres , le bourg de Saint-Romain et les environs furent occupés par le 2' bataillon des éclaireurs de la Seine (commandant Mabille), les tirailleurs et les vengeurs du Havre, les francs-tireurs des Andelys, d'Elbeuf, du Xord et de Rouen. Ces forces réunies étaient
plus que sulfisantcs pour arrêter l'ennemi; par malheur les corps francs avaient de la difficulté à se subordonner non-seulement à l'arnjée régulière, mais même entre eux, et ils continuèrent d'agir à leur fantaisie. Vers dix heures et demie du matin, les premiers dragons apparurent en vue de Saint-Romain et furent accueillis par une fusillade qui en mit un hors de combat. Bientôt les artilleurs prussiens prirent position à sept ou huit cents mètres du bourg et ouvrirent le feu : nos tirailleurs essayèrent de riposter; mais, par suite du manque d'entente et de direction, ils ne tardèrent pas à rétrograder en désordre, poursuivis par l'artillerie ennemie qui leur lança une vingtaine d'obus. A la suite de cette rencontre, qui n'occasionna départ et d'autre que des pertes insignifiantes, le capitaine de Frantzius reprit la route de Bolbec. Pendant ce temps, ses pionniers , ayant achevé leur travail de mine, faisaient sauter le viaduc de Mirville ; les trois premières arches du côté de Paris étaient complètement détruites, et, comme pour éclairer ces ruines, les Prussiens, en se retirant, mettaient le feu aux bâtiments d'une ferme voisine.
Cette destruction était achevée, lorsque Saint-Romain fut réoccupé le 16 janvier par les divers corps francs qui l'avaient abandonné la veille et qui n'allaient pas tarder à se trouver de nouveau en face de l'ennemi. Le 17, en effet, le capitaine de Frantzius quitta Bolbec pour venir tàter les avant-postes du Havre '. Il avait formé son détachement en trois colonnes qui arrivèrent à midi en vue de Saint-Romain. Ce bourg était gardé par des francs-tireurs du Nord
1 V. Troschke : Geschichledes ostpreus. feldartill. -Régime n°l.Ber\in.