CHAPITRE QUINZIEME
(capitaine Janssens) et des éclaireurs rouennais (capitaine Desseaux) ; la 2* compafjnie des tirailleurs havrais (lieutenant Bellanger) et les chasseurs-éclaireurs de Bolbec (capitaine Pimont) tenaient la droite, vers la route de Lillebonne; les éclaireurs de la Seine (commandant Mabille) s'étendaient à gauche vers la route de Paris. Les dragons, s'étant avancés jusqu'à la hauteur de la Chapelle, se retirèrent aux premiers coups de feu, en démasquant deux pièces de canon qui tonnèrent aussitôt, et la fusillade leur répondit de tous côtés. Ces pièces s'étant approchées, de position en position, jusqu'à environ 600 mètres de Saint-Romain , devinrent le point de mire des francs-tireurs; au bout de peu de temps, quelques artilleurs et plusieurs chevaux tombèrent tués ou blessés, en sorte que la canonnade se ralentit un moment. Mais, pendant ce temps, l'infanterie prussienne s'avançait et attaquait notre ligne sur trois points à la fois. Son principal effort porta sur la ferme Duparc qu'elle attaqua vigoureusement, et qu'une section d'éclaireurs de la Seine se vit forcée d'abandonner. Par malheur, cet incident occasionna parmi les francs-tireurs une méprise, qui fit chez eux plusieurs victimes; bientôt la ferme Duparc fut reprise par quelques éclaireurs, à la tête desquels s'était élancé un jeune homme, Belge d'origine, Français de cœur, le capitaine Janssens, qui eut un cheval tué sous lui et montra pendant l'action la plus grande bravoure. Les francs-tireurs se maintinrent dans cette position ; sur notre gauche , les Prussiens continuaient de s'avancer, mais sur la lisière d'une ferme qu'ils croyaient inoccupée, ils essuyèrent une décharge qui les arrêta court et les força de battre en
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retraite. Il était environ deux heures de faprès-midi. Nos pertes, dans cette affaire, furent de deux tués, dont un olBcier, le lieutenant Bellanger, appartenant aux tirailleurs havrais, et de onze hommes hlessés, dont deux mortellement. L'ennemi, de son côté, avait suhi des pertes à peu près égales; il laissa trois des siens sur le terrain et emmena une dizaine de hlessés, dont un succomba peu de temps après. Dans cette journée, la valeur individuelle avait pu suppléer, chez nous, au manque de direction générale. Le capitaine de Frantzius, qui avait le dessein de s'avancer ce jour-là jusqu'aux lignes du Havre, n'avait pu accomplir son audacieuse tentative ; par malheur, en se retirant sur Bolbec, pour ne plus reparaître , il ne s'était que trop bien acquitté de la première partie de sa mission : Le viaduc de Mirville était détruit, celui de Bolleville était également rompu et la ligne du chemin de fer du Havre rendue impraticable.
Libre désormais de toute préoccupation sur la Seine, et sentant que le moment décisif approchait, le général de Goeben s'empressa d'appeler de Normandie de nouveaux renforts. Le 18 janvier, quatre trains de chemin de fer transportèrent encore de Rouen à Amiens un régiment et une batterie d'artillerie, en sorte qu'à cette date, le général de Bentheim ne disposait plus que de dix bataillons, seize escadrons et huit batteries pour la surveillance des deux rives de la Seine et pour l'occupation de Rouen. Il est bien certain que, si à ce moment on avait essayé de reprendre cette ville, l'ennemi n'aurait pu en disputer la possession; mais aucune démonstration ne devait être faite par l'armée du Havre. Sur la rive