CHAPITRE QUINZIEME
gauche de la Seine, nos troupes avaient déjà évacué depuis quelques jours la ligne delaRille, et nous allons faire connaître les faits survenus de ce côté depuis l'arrivée du général Saussier.
Après l'échec du 4 janvier, les troupes du général Roy avaient repris leurs anciennes positions sur la Rille, de Pont-Audenier à Beaumont-le-Roger. Chargé le 5 janvier d'en prendre le commandement, le général Saussier forma sa division sur place; tout en restant sur la défensive, il devait néanmoins chercher son point d'appui vers l'Ouest, car il pouvait être appelé d'un moment à l'autre à concourir au mouvement du 19^ corps qui formait la gauche de la longue ligne de bataille du général Chanzy. Cette position du général Saussier, en arrière de la Rille, avait l'avantage d'être toujours une menace pour Rouen; il y resta donc aussi longtemps qu'il le put, envoyant des partis et de fortes reconnaissances dans toutes les directions. Il était opposé, comme on l'a dit plus haut, au général de Gayl, qui couvrait Rouen sur la rive gauche avec sept bataillons, quatre escadrons et trois batteries, et s'étendait par ses avant-postes de Bourgachard à Bourgthéroulde et à la Londe. Pour faire croire à des intentions offensives et dissimuler l'envoi des renforts de Rouen à Amiens, le général de Gayl tâtait souvent nos positions sur la Rille, quelquefois avec de l'infanterie et du canon; il en résulta quelques légers engagements. Le 8 janvier, une patrouille de dragons lithuaniens, partie de Bourgachard, s'avançait jusqu'à Breslot, sur la lisière de la foret de Monfort, et tombait dans les avant-postes des mobilisés du Calvados qui lui tuèrent deux cavaliers et en blessèrent un troisième. Le 11, les dragons
du même régiment rencontrèrent au Neubourg les francs-tireurs du Calvados (capitaine Benoît) qui les mirent en fuite, après leur avoir tué trois hommes.
Dans la soirée du 12 janvier, le général Saussier reçut du ministre de la guerre une dépêche qui lui enjoignait de quitter immédiatement ses positions de la Rille pour se retirer par Lisieux sur Argentan; on venait d'apprendre que le général Chanzy avait été batlu au Mans et se retirait sur la Sarlhe; le général Saussier était forcé de se conformer à ce mouvement, et il donna le signal de la retraite; dans la matinée du 13, sa division se mit en marche en trois colonnes par les routes de Brionne et Thiherville, Saint-Georges et Lieurey, Pont-Audemer et Cormeilles. Les francs-tireurs avaient reçu l'ordre d'occuperles avantpostes, qu'ils devaient garder encore quelques heures après le départ de la division. De son côté, le général de Gayl avait précisément choisi ce moment pour pousser une forle reconnaissance sur la route de Pont-Audemer. Arrivés à peu de distance de Brestot, où, comme on s'en souvient, ils avaient perdu trois dragons quelques jours auparavant, les Prussiens lancèrent sur le village une centaine d'obus, puis ils s'étendirent par leur droite sur Etreville et Bourneville, pendant que des chasseurs du 1" bataillon, partis du Landin, se dirigeaient sur Guerbaville et fouillaient la forêt de Brotonne. Il en résulta une rencontre d'arrière-garde aux environs de Bourneville.
Celte localité était occupée par environ cinq cents mobilisés du 3* bataillon de la légion de Caen (commandant de Cyresne), auxquels étaient venus se joindre une quarantaine d'éclaireurs de Normandie de la