‹ Campagne de 1870-1871Chapitre 179 sur 207 · CHAPITRE QUIYZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUIYZIEME

2* compagnie (capitaine Lumière). Serrés de près par l'ennemi, ces francs-tireurs avaient failli être pris la veille dans la forêt de Brotonne et n'avaient du leur salut qu'à la présence d'esprit du curé de la Haiede-Routot, qui leur servit de guide. Dans la matinée du 13 janvier, à la nouvelle de l'approche de l'ennemi, deux compagnies de mobilisés, fortes d'un peu plus de cent hommes, s'étaient déployées en tirailleurs à environ un kilomètre à l'est de Bourneville, s'étendant du hameau des Coqs à la ferme du Bocage. \ ers dix heures, au moment où un épais brouillard venait de se dissiper, les mobilisés se virent en présence d'une forte reconnaissance prussienne, dont ils n'étaient séparés que par l'étroit vallon du Callouet, qui coupe à angle droit le chemin de Routot. Bien qu'armés de mauvais fusils à percussion, ils engagent une fusillade qui maintient pendant quelque temps l'ennemi à distance, et permet à leur bataillon, resté à Bourneville, de se retirer sur Pont-Audemer sans être inquiété. Bientôt, craignant d'être débordés sur leur gauche, ils abandonnent la ferme du Bocage, où cinq des leurs sont faits prisonniers. Les éclaireurs de Xormandie, accourus à leur secours, restent seuls pour soutenir la retraite ; mais, vers onze heures, menacés à leur tour sur leur droite par une centaine de cavaliers, qui se répandent dans la plaine avec du canon, ils quittent leur position et regagnent à travers champs la route de Fourmetot. Un des leurs, le caporal Vanier, resté le dernier, se voit tout à coup poursuivi par trois dragons. Avec le sentiment de supériorité que doit avoir tout fantassin en face de quelques hommes à cheval, il continue sa retraite sans se déconcerter, puis, quand ses adver-

saires ne sont plus qu'à une cinquantaine de pas, il se retourne, ajuste celui qu'il croit être le chef de lapatrouille et l'étend roide mort ; après quoi il recharge son arme et continue sa route, s'attendant à être poursuivi. Alais les cavaliers se sont arrêtés ; l'un d'eux met pied à terre pour relever celui qui est tombé, l'autre galope après le cheval qui a perdu sa monture. Pendant ce temps, le caporal Vanier gagne Bourneville et s'échappe en se jetant sur un cheval de paysan. Son coup de feu avait été le dernier de la journée; il avait frappé au cœur le capitaine de Dressler, chef de l'escadron des dragons lithuaniens '. Le 3' régiment d'infanterie prussienne perdit un grenadier dans cette rencontre; de notre côté, on eut à déplorer la perte de deux hommes tués, cinq blessés et six prisonniers.

A la suite de cette affaire, les mobilisés et les francstireurs se retirèrent sur la Touques pour rejoindre le gros de leur division. Le général Saussier s'était porté en deux étapes sur Lisieux; là il reçut l'ordre de se diriger sur Mézidon, où il transféra son quartier général dans la soirée du 17; il était chargé de couvrir l'embranchement des lignes ferrées de Lisieux et d'Argentan, point stratégique d'une certaine importance. Sur ces entrefaites, le général Saurin, qui commandait la 2* division du 19^ corps, avait occupé Falaise, et il ne tarda pas à y appeler la 3% celle du général Saussier; ces deux divisions descendirent alors sur Argentan dont elles occupèrent les environs, se reliant par leur droite à la gauche du général Chanzy vers Fiers. A partir de ce moment, le

* V. Rrausc. Gedachlnisshallefùr die gefallenen Krieger. Berlin.

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