CHAPITRE SEIZIEME
pour effet d'interrompre brusquement le mouvement de notre 19' corps, dont les tètes de colonne étaient déjà parvenues à Argentan, et qui devait gagner Laval pour y rejoindre les débris de l'armée de la Loire. La présence du XIIP corps allemand dans cette contrée jeta le plus grand trouble dans la direction déjà si indécise de nos opérations militaires ; et le grand-duc , dont la marche de flanc aurait pu être sérieusement inquiétée, passa devant tout le front du général Dargent sans rencontrer le moindre obstacle. Le département de l'Eure et la lisière du Calvados étaient complètement abandonnés à l'ennemi; il se produisit néanmoins quelques tentatives isoléesde résistance dans les arrondissements de Lisieux et de Bernay, où des gardes nationaux mal armés tentèrent, avec plus de courage que de chance de succès, d'arrêter le flot de ces nouveaux envahisseurs.
Le 21 janvier, le 16^ régiment de uhlans, détaché de la brigade de Bredow pour surveiller la route de Lisieux, se vit brusquement arrêté en avant d'Orbec où il essuya des coups de feu. Averti de cette résistance, le général de Treskovv, qui se trouvait en ce moment avec le gros de la 17® division à Montreuill'Argillé, au point de bifurcation des routes de Bernay et d'Orbec, dirigea sur cette dernière ville le 14' bataillon de chasseurs mecklembourgeois, appuyé par une section d'artillerie et soutenu par un bataillon du 75*; il plaça ce détachement sous les ordres du major de Gaza, après quoi il continua sa marche sur Broglie. A deux kilomètres au sud-est d'Orbec, en avant du hameau de Sevrais, la route était coupée, fortement barricadée et gardée par une centaine de francs-
tireurs de Lisieux et de gardes nationaux du pays; avec une résolution digne d'un meilleur résultat, ces braves gens essuyèrent quelque temps la canonnade; mais, menacés d'être pris à revers par deux compagnies qui avaient déjà débordé leur ligne, ils se virent forcés d'abandonner leur position et de se retirer sur Orbec. Là ils essayèrent encore de se défendre, mais en présence des forces relativement énormes qui menaçaient de les envelopper de toutes parts, ils durent se résigner à évacuer la ville vers quatre heures de l'après-midi. Dans cet engagement, un ublan fut mis hors de combat; les nôtres eurent deux ou trois hommes blessés, et quatre d'entre eux furent faits prisonniers. Dans la soirée, le major de Gaza fit son entrée à Orbec à la tête de son détachement; son premier soin fut d'imposer à la ville une contribution de guerre de 40,000 francs ; le lendemain, ne voulant pas laisser impunie la conduite des Français qui avaient commis le crime de défendre le sol de la patrie et leurs foyers domestiques, il fit impitoyablement fusiller les quatre gardes nationaux pris la veille les armes à la main, et il défendit aux habitants de leur donner la sépulture. Bien que réduits à leurs propres forces par suite de l'évacuation complète du département de l'Eure, les habitants de liernay, de même que ceux d'Orbec, s'opposèrent bravement à la marche de l'ennemi. Dans la matinée du 21 janvier, dès que l'on connut son approche, on battit le rappel dans les rues de la ville. Réunis au nombre d'environ trois cents, les gardes nationaux se portèrent à la rencontre des Allemands et prirent position dans les bois, du côté menacé ; ils gardaient la roule principale au hameau de Malouve, s'étendant sur leur gauche jusqu'à la vallée