‹ Campagne de 1870-1871Chapitre 184 sur 207 · CHAPITRE SEIZIEME. 3S · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEIZIEME. 3S

de la Charentonne. Pendant ce temps, des volontaires partis en reconnaissance s'avançaient sur la route de Broglie et, vers onze heures, ils se virent en présence des premiers éclaireurs du général de Bredow. Après avoir détaché le 16^ uhlans sur Orbec, ce général avait continué sa marche sur Bernay et traversé Broglie sans éprouver de résistance; mais lorsque son extrême avant-garde arriva à la hauteur de Saint-Quentin-des-Iles, elle essuya de loin une décharge qui lui fit aussitôt tourner bride. Le major de Bessel, qui appuyait ces cavaliers avec un bataillon du 90* régiment mecklembourgeois, prit aussitôt ses dispositions : une compagnie, détachée sur la rive droite de la Charentonne, reçut pour mission de menacer Bernay à l'est, tandis qu'une section d'infanterie et un piquet de cavalerie se portaient à l'ouest de cette ville dans le but d'y détruire le chemin de fer. Le reste de la colonne suivit la route principale, et, après avoir dépassé Saint-Quentin, l'artillerie s'essaya par quelques coups de canon qui furent le signal du combat. L'action s'engagea de tous côtés, et le tocsin, qui appelait aux armes les habitants des communes i^oisines, mêla son glas lugubre au bruit du canon et de la fusillade. Vers deux heures, les Allemands s'étaient avancés au delà de Malouve; ils s'étendaient de la Charentonne à la vallée de Saint-Nicolas, et fouillaient de leurs obus les abords de la ville et les bois occupés par les gardes nationaux. De notre côté, quelques volontaires, s'emparant d'une lourde pièce en fonte restée sous les halles de Bernay et plus dangereuse pour ceux qui la servaient que pour l'ennemi, la traînèrent jusqu'à l'entrée de la ville où ils la mirent en position ; mais, après avoir tiré quelques

coups à mitraille, nos canonniers improvises se virent bientôt forcés de cesser cette lutte inégale sur une route enfilée par les projectiles ennemis. Le combat de tirailleurs se prolongea néanmoins jusqu'après trois heures; à ce moment les nôtres, menacés d'être cernés, se rapprochèrent de Bernay; quelques-uns d'entre eux, embusqués dans une briqueterie du Valnionard, continuèrent opiniâtrement une fusillade dont l'ennemi ne put triompher malgré sa supériorité numérique. La nuit arrivait, et les fusiliers mecklembourgeois ayant perdu l'officier qui les commandait, le premier lieutenant Glaewecke, se retirèrent à une certaine distance, abandonnant le champ de bataille. Cette affaire coûta aux habitants de Bernay une dizaine d'hommes tués ou blessés ; mais par cette conduite honorable ils avaient tenu en échec, pendant une demi-journée, l' avant-garde du XIIP corps allemand et effacé le souvenir de la sédition du 17 décembre. Si tous nos gardes nationaux avaient défendu leurs foyers avec la même résolution, ils auraient bien vite lassé l'envahisseur. Le lendemain, la lutte devait recommencer; mais elle eût été plus inégale encore que la veille, car le grand-duc avait cru nécessaire de concentrer toutes ses forces pour une attaque générale, et il avait appelé à Broglie la 22* division, qui se trouvait à Glosla-Ferrière au moment du combat. La municipalité de Bernay, sentant l'impossibilité d'une plus longue résistance, s'employa pour la faire cesser, afin d'épargner à la ville les horreurs d'une prise de vive force '. Le 22 , à six heures du matin, le major de Bessel, avec un ba-

* V. Les Prussiens à Bernay. Bernay.

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