CHAPITRE SEIZIÈME
éprouvé que quelques dommages matériels, tels que cordages coupés et autres légères avaries. Dans l'après-midi, au moment où notre canonnière repassait à Caudebec , trois dragons ayant fait mine de la suivre, essuyèrent quelques coups de feu bien dirigés qui les démontèrent tous les trois et mirent fin à leur bravade.
Le lendemain, VOriJïamme appareillait de Quillebœuf, où elle avait passé la nuit, et remontait de nouveau la Seine, suivie de la canonnière V Alerte (lieutenant de vaisseau Masson). En approchant de Caudebec, qui était occupé depuis le matin par le détachement venu de Saint-Vandrille, sous les ordres du capitaine de Quitzow, nos canonnières furent accueillies par une vive fusillade. U Alerte, dont le pont était découvert, et qui d'ailleurs remontait difficilement le courant, dut rebrousser chemin. Quant au commandant Pic-Paris, une fois engagé, il continua sa route, ripostant avec sa mousqueterie; il ne pouvait se servir de ses canons, car les Mecklembourgeois étaient embusqués dans les maisons qui bordent le quai, et tiraient par les fenêtres. En raison de la petite distance à laquelle notre canonnière défilait, les balles, traversant les bastingages et les abris, mirent quelques-uns de nos marins hors de combat. Après avoir remonté la Seine jusqu'au banc des Moules et avoir essuyé quelques coups de feu de la rive gauche, à la hauteur de Guerbaviile, le commandant Pic- Paris vira de bord , redescendit le fleuve, reprit, en passant à Caudebec, l'engagement du matin et continua sa route sur le Havre. Les Meklembourgeois, bien abrités derrière les arbres ou dans les maisons, n'eurent qu'un homme grièvement atteint dans ces
rencontres; quant à l'équipage de XOiiflamme, il eut un matelot tué et quatre blessés.
Dans ces divers engagements, nos braves marins avaient montré le parti qu'on pouvait tirer d'eux. Leur navigation en cette saison, au milieu des glaces, était doublement périlleuse, car un obus, bien dirigé à la ligne de flottaison d'un de ces petits bâtiments, aurait certainement pu le couler. Par bonheur, les Allemands n'y songèrent pas. Le barrage de Duclair et les torpilles de Guerbaville sont les meilleures preuves de la crainte que notre flottille inspirait à leur état-major. Quant aux simples soldats du Mecklembourg et de la Thuringe qui se trouvaient cantonnés sur la rive de la basse Seine, on raconte que, dans les premiers jours, ils ne voyaient pas sans émotion le retour périodique du flot, phénomène qu'ils attribuaient à l'approche de nos canonnières.
L'ennemi, qui avait reçu le premier la nouvelle de l'armistice, en profita pour s'étendre le plus possible : Es war von Interesse mit Befjinn des U ajfenstillstandes einen moglichst ausgedenhten Rayon factisch zu hesitzen\ Dans la journée du 29, le grand-duc s'empressa de pousser jusqu'à Caudebec le détachement de Saint-Vandrille, et il renforça la garnison d'Yvelot en y envoyant deux sections d'artillerie. Le lendemain, la brigade des dragons de la garde envoya également un détachement, par Doudeville, dans la direction de Fécamp, tandis que le général de iientheim dirigeait le S*" régiment d'infanterie avec deux escadrons et trois batteries sur Dieppe, afin d'occuper cette ville avant l'ouverture de l'armistice.
V. Fischer. Die 17. Infaiiterie-Divisio» iin Feldzuge 1870-71. Berlin.