CHAPITRE SEIZIEM E
L'ennemi cherchait ainsi à donner le plus d'extension possible à son rayon d'occupation; il en résulta des rencontres et des conflits, peu sérieux d'ailleurs, et qui, dans les circonstances où nous nous trouvions, devaient forcément tourner à notre détriment.
Sur le littoral, la possession de la v-ilie de Dieppe, en raison de son importance, fut sérieusement disputée de part et d'autre. Le lieutenant de vaisseau Carrey, commandant l'aviso le Diamant, était entré dans ce port le SOjanvier et avait fait occuper l'hôtel de ville par une partie de son équipage. Un détachement de mobiles avait été également envoyé d'Abbeville afin de protéger Dieppe contre les tentatives de l'ennemi. Dans la matinée du 31, l'avant-garde prussienne arriva dans l'intention de s'en emparer. Le commandant Carrey soutint énergiquement ses droits de premier occupant, et comme l'armistice ne commençait qu'à midi ; il offrit au chef du détachement prussien de se battre jusqu'à l'heure fixée. Sa proposition ne fut pas agréée, et le général de Pritzelwitz dut accepter une ligne de démarcation qui laissait libre Dieppe et une certaine étendue de la côte. Mais le général de Goeben, informé de cet incident, refusa de ratifier la convention conclue, et donna l'ordre au général de Bentheim d'occuper la ville sans retard. Des parlementaires se présentèrent donc de nouveau dans la matinée du lendemain et déclarèrent qu'ils avaient reçu l'ordre formel de s'en emparer. Le commandant Carrey ne put que s'incliner devant les clauses précises de la convention de Versailles, qui avait été publiée sur ces entrefaites, et qui fixait, comme démarcation, à l'armée du Havre, une ligne partant d'Etretat dans la direction de Saint-
Romain. En conscqnence, il céda la ville de Dieppe aux troupes prussiennes, qui y firent leur entrée vers onze heures du matin.
Les Allemands attachaient un si grand prix à la possession de ce port de mer, que le grand-duc, de son côté, avait aussi dirigé un détachement sur ce point. Ayant trouvé Dieppe au pouvoir des Prussiens, les Mecklembourgeois se rabattirent sur Fécamp ; ils se présentèrent à l'entrée de cette ville le 2 février. A cette date elle était occupée par une section des éclaireurs du Havre (sous-lieutenant de Beaumont); elle était, en outre, protégée par l'aviso FAverne (capitaine de frégate Lefèvre-Dubua), chargé sur la côte du service des dépêches. Avertis de la présence de nos troupes, les Mecklembourgeois prirent leurs cantonnements aux environs ; mais dans la matinée du 3 février, ils s'avancèrent jusqu'au bas de la côte de la Toussaint. Le détachement ennemi était commandé par le colonel comte de Kleist et se composait de deux bataillons du 89" régiment, de deux escadrons du 1 8' dragons et d'une batterie d'artillerie. Après avoir parlementé et demandé des instructions, nos officiers reçurent l'ordre de se conformer à la convention et d'évacuer la ville. Elle fut occupée par l'ennemi dans l'après-midi, et elle eut à subir les vexations d'un commandant de place, le major de Malotki, lequel, en dépit de l'armistice, prétendit appliquer aux habitants le régime de l'état de guerre, pour les punir de la répugnance qu'ils avaient témoignée pour l'occupation étrangère. Ainsi, par une amère dérision du sort, notre flottille se voyait repoussée des divers points de notre propre littoral par ces mêmes troupes mecklembourgeoises qui, sous