CHAPITRE TROISIEME
timent de leur propre responsabilité. Au moyen des ressources qu'il a créées, chaque département, dans un esprit d'égoïsme aussi absurde qu'étroit, veut essayer de protéger ses confins comme une nouvelle frontière ; les arrondissements imiteront fexemple des départements, et nos forces, au lieu de se concentrer, vont se trouver éparpillées sur tous les points.
Comme TEmpire, le gouvernement de la défense nationale ne sut pas se dégager des préoccupations politiques ; c'est pour ce motif qu'il patronna ce funeste système de défense sur place, et la formation de ces innombrables comités de défense, d'initiative ou de vigilance, dont l'action a si souvent paralysé celle de nos généraux. Ces divers comités étaient composés de gens étrangers pour la plupart aux connaissances militaires, et qui avaient néanmoins la voix prépondérante. Des avocats, des médecins, des pharmaciens, qui n'auraient pas manqué de crier haro s'ils avaient vu des officiers plaider le mur mitoyen, prescrire des médicaments ou manipuler des pilules, étaient les premiers à fouler aux pieds l'antique maxime : « Chacun son métier «. Abusés par la légende de 1792, ils croyaient à l'improvisation des armées, et proclamaient qu'il n'était pas nécessaire d'avoir moisi plusieurs années dans une caserne pour défendre son pays; ils se figuraient qu'un homme est un soldat, et que Félan et la passion suffisent à tout et remplacent tout, l'ordre, l'autorité, la discipline, le nombre, et même le canon.
Avec de tels stratégistes, nos provinces de l'Ouest se trouvaient condamnées à l'isolement. Elles étaient presque complètement dépourvues de troupes régulières; mais, sous l'imminence du danger, il s'était
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produit chez elles un grand mouvement patriotique : les volontaires se multipliaient, chacun voulait se dt'fendre, et chacun cherchait un fusil; mais par malheur les armes faisaient défaut, et, plus encore que les armes, les institutions militaires, qui forment à l'avance les bras capables de les manier, et qui sont le plus sûr boulevard de l'indépendance d'une nation.
Par suite du manque de direction militaire, nous n'aurons guère à étudier dans le cours de cet ouvrage que des opérations toutes locales, ne se rattachant à aucun plan d'ensemble ; nous allons donc suivre successivement, sur chaque rive de la Seine, les efforts isolés qui vont être faits pour tâcher d'opposer une digue au flot sans cesse grossissant de l'invasion.
Sur la rive droite, à Rouen, commandait le général de division comte Gudin, fils de l'illustre Gudin, tué à \ aloutina ; l'ancien page de Napoléon I" à Waterloo, sorti spontanément du cadre de réserve pour offrir à son pays le secours d'un bras plus que septuagénaire et l'exemple du patriotisme, était venu reprendre le commandement de la 2* division militaire, qu'il avait longtemps et dignement exercé. C'était un homme d'une activité et d'une énergie vraiment surprenantes pour son grand Age, qui jugeait la situation froidement, sans illusions, mais sans faiblesse. Il voyait clairement qu'en voulant se défendre de tous côtés, on n'arrêterait l'invasion nulle part; aussi •tr était-il d'avis de temporiser, convaincu que chaque jour écoulé était un jour de gagné sur l'ennemi.
D'ailleurs, les forces dont il disposait étaient des plus restreintes : le noyau en était formé par deux régiments de cavalerie échappés de Sedan et arrivés