‹ Campagne de 1870-1871Chapitre 23 sur 207 · CHAPITRE TROISIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIEME

à Rouen dans les derniers jours de septembre. Il y avait, en outre, deux bataillons de marche de la ligne eu formation dans la 2' division militaire; mais ces corps se composaient, en grande partie, de jeunes soldats de la classe de 1870, appelés dans les dépôts dans la seconde quinzaine de septembre; il fallait le temps de les instruire, et ils ne furent en état de prendre la campagne que vers la fin du mois suivant. Le gros des forces du général Gudin se composait de douze bataillons de mobiles, mal habillés, peu ou point équipés, n'ayant que des chaussures de carton ou des vêtements d'a-madou, dont la fourniture a honteusement enrichi quelques enfants d'Israël; tous armés de fusils transformés modèle 1867, dits à tabatière, armes défectueuses, d'une faible portée, d'une justesse médiocre, très-sujettes à se détraquer, sans pièces de rechange, et en grande partie hors de service. Telles étaient les troupes que, sur la rive droite de la Seine, le général Gudin pouvait opposer aux détachements du cornte de Lippe et du prince Albert, qui, opérant de concert, avaient sous leurs ordres six bataillons , seize escadrons et trente canons, c'est-à-dire sept à huit mille hommes de troupes aguerries, exaltées par le succès, éclairées par une nombreuse cavalerie, et pouvant, en cas d'attaque, se concentrer rapidement sur le même point. A côté du général Gudin, à Rouen, AL Estancelin, ancien député, avait reçu du gouvernement le commandement supérieur des gardes nationales dans les départements de la Seine-Inférieure , du Calvados et de la Manche, avec la mission de les habiller, de les armer, de les organiser et d'utiliser leurs services. AI. Estancelin s'était aussitôt mis à l'œuvre.

avec un dévouement d'autant plus méritoire qu'il n'avait autour de lui aucun militaire apte à le seconder, et qu'il rencontrait à chaque pas des difficultés de toute sorte. Dissoute dans presque toutes les villes de France, la garde nationale avait été maintenue à Rouen et à Elbeuf, où elle formait une légion bien organisée; mais dans le reste du département de la Seine-Inférieure et dans ceux du Calvados et de la Manche, il n'était guère possible de compter sur un concours efficace des gardes nationaux volontaires avant que les compagnies de marche l'usseint formées. Le grand génie guerrier des temps modernes écrivait : « Il ne faut pas que les gardes nationales » aillent se mettre par quinze cents devant l'en- » nemi, sans ordre. Elles y vont, il est vrai, mais 5' elles en reviennent bien plus vite' ». Le général Gudin connaissait l'opinion de Napoléon I" sur la garde nationale, et se serait bien gardé d'épuiser, en les employant prématurément, les ressources que pouvait fournir plus tard cette milice, lorsqu'elle aurait été réunie et exercée. Avec des moyens aussi restreints, il ne pouvait faire qu'une seule chose, gagner du temps pour instruire et discipliner ses jeunes troupes, pour organiser un peu d'artillerie, car il ne possédait pas un canon, et enfin pour permettre aux fortifications du Havre de s'élever et de s'armer; car le Havre était son seul point d'appui, et, en cas d'échec ou devant des forces supérieures, il avait l'ordre du ministre de se retirer sur cette place.

La ville de Rouen, dont les maisons sont en grande

' Xapoléon I'"", Correspondance.

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