CHAPITRE TROISIEME. W
partie construites en bois, est dominée à une trèspetite distance par une série de hauteurs qui l'entourent de toutes parts sur la rive droite de la Seine, et n'est pas défendable avec la portée actuelle de l'artillerie, à moins d'avoir des troupes nombreuses et solides pour occuper sérieusement la crête des coteaux. La défense immédiate de Rouen avec le peu de troupes novices que possédait le général Gudin , eût amené inévitablement la destruction d'une des plus grandes cités commerciales de France, la perte de sa garnison , et cela sans résultat utile pour l'ensemble de la défense du territoire. Aussi le plan du général était-il d'occuper la vallée de l'Andelle, la forêt de Lyons et le pays accidenté qui s'étend depuis Gournay jusqu'à Neufchâtel, en portant successivement sur cette ligne les bataillons organisés au fur et à mesure qu'ils lui arriveraient. Ce terrain couvert, coupé, boisé, était un champ de bataille très-favorable pour former des débutants, les Allemands ne pouvant y déployer les deux armes qui leur donnaient la supériorité, la cavalerie et l'artillerie. Là on pouvait, non point les provoquer, mais les attendre ; aguerrir nos jeunes troupes en leur faisant surprendre les reconnaissances ou les partis ennemis qui se présenteraient à leur portée, et, en cas d'attaque par des forces supérieures, se retirer, selon les circonstances, sur le Havre par la rive droite de la Seine, ou par la rive gauche au moyen des ponts conservés intacts.
Les nombreux comités locaux de défense qui avaient, eux aussi, leurs plans particuliers et leur stratégie de clocher, ne se firent pas faute de critiquer les dispositions prises par le général Gudin ;
48 LA GLKKRE DAXS L'OUEST.
dans J'arrondissement des Andelys, qui se troui^e st'paré par ia Seine du reste du département de l'Eure, on pressait très-vivement le général de s'établir sur la ligne de l'Epte, qui formait autrefois la limite entre la Normandie et l'Ile-de-France. De cette façon, il est vrai, nos troupes, au lieu d'être adossées à une rivière, eussent été couvertes par une autre; mais l'Epte, qui prend sa source au même point que l'Andelle, a un développement de plus de vingt lii'ues, et en outre, dans son cours inférieur, elle arrose un pays à peu près découvert, le pied des plateaux du Vexin; elle offrait donc une ligne plus étendue, plus éloignée et beaucoup moins favorable que l'Andelle. D'ailleurs il est probable que si le général Gudin s'était porté sur l'Epte, d'autres lui auraient conseillé de s'avancer jusqu'à l'Oise; mais se hasarder si loin avec des troupes si peu nombreuses et si novices, c'était appeler l'attention de l'ennemi , aller bénévolement au-devant d'un échec certain, et découvrir du même coup, non-seulement l'airondissement des Andelys, mais encore Rouen et la Seine-Inférieure, qui avaient bien aussi leur importance et qu'il s'agissait particulièrement de protéger. Le général s'en tint donc avec fermeté au plan qu'il avait conçu, plan qui était le seul raisonnable, le seul sérieux, et le seul qui serait probablement adopté aujourd'hui par tout chef militaire placé dans les mêmes conditions.
Dans les derniers jours du mois de septembre, les troupes dont le général (iudin disposait sont ainsi réparties: à Flcury-sur-Andelle, le 12" régiment de chasseurs; à Charleval, le 2'' bataillon de la garde mobile des Hautes-Pyrénées; à la Feuillie, le 8*ba-