CHAPITRE TROISIEME
taillon du Pas-de-Calais ; à Gournay, deux escadrons du 3' régiment de hussards, le 1" bataillon de la garde mobile du Pas-de-Calais et le 4" de l'Oise; à Argueil, le 1" bataillon des Hautes-Pyrénées; enfin le P"" bataillon do l'Oise est dirigé sur Formerie. Les 1*' et 2" bataillons des Landes, arrivés depuis quelques jours à Rouen , achèvent de s'y former; les 2' et 3' bataillons de l'Oise et lé 2' de la Seine-Liférieure sont employés aux travaux de défense et à l'armement de la place du Havre. Si nous ajoutons aux troupes que nous lierions d'énumérer les bataillons de marche de la ligne en formation dans les dépôts, nous aurons l'ensemble des forces placées sous les ordres du général Gudin au 1" octobre, soit deux régiments de cavalerie, deux bataillons de marche de la ligne en formation , et onze bataillons de mobiles; en tout, 13 à 14 mille hommes sans artillerie.
Sur la rive gauche de la Seine , à Eureux , le géné-^ rai Delarue, commandant la subdivision territoriale, était chargé de la défense du département de l'Eure, car le délégué du ministre de la guerre avait réparti pour la défense les départements en deux zones, la première comprenant ceux qui se trouvaient en contact immédiat avec l'ennemi. Vers le 20 septembre, le général Delarue avait reçu pour instructions d'évacuer Evreux dès que l'ennemi s'en approcherait , et de replier ses troupes sur Serquigny , point stratégique qu'il devait défendre autant que possible, ainsi que la ligne du chemin de fer, qui restait dans ce cas la seule communication libre avec Rouen et le nord de la France.
A cette date, le général Delarue n'avait à sa dispo-
sition que le 39° régiment de la garde mobile de l'Eure et le 1" régiment des Eclaireurs de la Seine, i'ormaiit ensemble un effectif de moins de 4,000 liommcs, sans cavalerie ni artillerie. Le département de l'Eure faisant partie de la 2'' division militaire, le général Delarue se trouvait sous les ordres du général Gudin; mais il était en réalité dans la dépendance des comités de défense de son déparlement, lesquels, comme on sait, prétendaient ne dépendre de personne. L'action des départements de la Seine-Inférieure et de l'Eure se trouva ainsi presque complètement isolée dès le début ; le commandant de la division militaire ne s'occupait de ce qui se passait au delà de la Seine que parce que Rouen pouvait être attaqué de ce côté. Avant de revenir sur la rive droite de ce ileuve, nous allons raconter en peu de mots les événements qui se sont déroulés sur la rive gauche à la fin de septembre et dans les premiers jours d'octobre.
Retournés à Vernon à la suite de leur première apparition à liantes le 22 septembre, les Eclaireurs de la Seine, formant deux bataillons, allèrent s'établir le lendemain dans la forpt de Rosny ; le 25, ils s'avancèrent jusqu'à Magnanvillc, et le 28, ils occupèrent Alantes, chassant devant eux les eclaireurs prussiens. Ce jour-là, un des leurs, le capitaine Guillaume, explorant les environs à la tête d'une patrouille, surprit dans la cour d'un moulin d'Epône quelques cavaliers qu'il dispersa; il s'empara de leurs chevaux, qu'il ramena, aux grands applaudissements des habitants de Mantes qui le virent rentrer dans cet équipage. Le 29, les Eclaireurs de la Seine allèrent camper à Maule , en arrière de la petite rivière de la
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Mauldrc ci de la forêt des Alluets, opposés aux (biirrageurs ennemis de la 5" division de cavalerie, dont le cpuutier général se trouvait à Saint-Mom, et qui, depuis l'expédition de la brigade de Bredow contre Mézières, était -concentrée à Saint-Germain, sur la lisière de la forêt de Alarly.
Les francs-tireurs furent suivis dans ce mouvement par des gardes nationaux sédentaires. Depuis le 20 septembre, un piquet d'éclaireurs à cheval de la garde nationale de Rouen (sous-lieutenant Lequeux-Muston) avait exploré la rive droite de la Seine, en passant par Fleury-sur-Andelle, Etrépagny et IVIagny. En l'absence de toute cavalerie régulière, ces volontaires avaient rempli leur mission avec une intelligence et une activité remarquables, donnant fréquemment de leurs nouvelles et tenant la population, alors si anxieuse, au courant de la marche de l'ennemi. Ils furent rejoints peu de temps après par une colonne sous les ordres du commandant général Estancelin; elle se composait d'un autre piquet de cavaliers et d'éclaireurs à cheval de Rouen et d'Elbeuf, du dépôt de la garde mobile de la Seine-inférieure, et d'environ sept cents volontaires du 1"" bataillon de la garde nationale de Rouen (commandant Rondon). Transportées par le chemin de fer, ces troupes firent leur entrée à Mantes le 29 septembre, peu d'heures après que les Eclaireurs de la Seine en étaient partis. Après avoir poussé une pointe en chemin de fer jusqu'à Meulan, de concert avec les tirailleurs havrais de la 1'" compagnie qui se trouvaient dans ces parages, et exploré quelques localités entre Mantes et Mézières sans rencontrer l'ennemi, la colonne expéditionnaire, couverte parles francs-tireurs, reprit le
soir même le train qui l'avait amenée, et passant par Louviers et Elbeuf, fit sa rentrée à Rouen le 2 octobre.
tt C'était incontestablement une expédition aventurée ", comme l'a plus tard avoué celui qui la dirigeait ' ; en effet, si elle avait été différée de vingt-quatre heures seulement, le commandant général Estancelin se serait trouvé en fiice du général de Bredow, qui, à la tête d'une colonne composée du 13* régiment de dragons, de deux escadrons du IG" uhlans, de six compagnies d'infanterie bavaroise et d'une batterie d'artillerie, s'apprêtait à faire de son côté une expédition contre Mantes, afin de purger la contrée des francs-tireurs qui l'occupaient.
Les deux bataillons des Eclaireurs de la Seine (commandant de Faby), arrivés à Maule le 29, s'étaient répandus aux environs, notamment à Ecquevilly, où ils tirèrent sur une patrouille du 10' hussards, à laquelle ils prirent un homme et deux chevaux, et aux Alluets, où deux cents des leurs environ passèrent la nuit : aucune troupe française ne devait s'approcher aussi près de Paris pendant l'investissement. Le 30, vers six heures du matin, on signala la présence d'une patrouille; c'étaient trois dragons du L3' régiment de Schleswig-Holstein qui se dirigeaient sur les Alluets au pas de leurs montures. Embusqués derrière des murs, les francs-tireurs les attendirent et les reçurent par une décharge qui tua un cheval et blessa mortellement un cavalier. Le même jour, vers onze heures, l'avant-garde du général de Bredow vint prendre position à l'est du village, à une distance de plus de deux kilomètres, et se mit en devoir de le
' Voy. Estancelin : La Vérité sur les événements de Rouen, Rouen.