CHAPITRE TROISIÈME
de la route de Bonnières, et laissa les deux dernières en réserve dans la ville. Avant que les deux compagnies envoyées dans la foret eussent le temps de prendre position, une trentaine de dragons prussiens arrivèrent jusqu'au poste établi en avant de Pacy, mais ils rebroussèrent immédiatement à la vue des mobiles. Dans la soirée, le commandant Power rassembla les deux compagnies restées en réserve et rejoignit celles qui se trouvaient déjà dans la forêt avec le lieutenant-colonel d'Arjuzon. Le 5, avant le jour, ces quatre compagnies, auxquelles s'étaient joints quelques volontaires des environs, furent postées à la lisière du bois, sur le territoire d'Aigleville. Vers dix heures l'ennemi parut. Ce furent d'abord quelques éclaireurs qui tournèrent bride après avoir essuyé une décharge; puis une assez forte avantgarde de cavalerie, soutenue par un détachement d'infanterie dont le feu prenait en flanc nos tirailleurs. A plusieurs reprises les dragons se mirent en devoir de charger, mais ils essuyèrent une fusillade nourrie qui les força de tourner bride. Peu de temps après on entendit sur la route le roulement de l'artillerie qui arrivait avec le gros de la colonne. Le colonel d'Arjuzon, voyant qu'il avait affaire à un corps de toutes armes et supérieur en nombre, s'abstint de s'engager et donna le signal de la retraite, qui s'effectua par Alénille et par le pont de Cocherel.
Cependant le général de Bredow, après avoir fouillé la forêt à coups de canon, s'était porté rapidement vers Pacy; puis, apercevant les mobiles dans Ménille, il dirigea son feu de ce côté; mais les maisons seules eurent à en souffrir, et les compagnies qui s'y trouvaient purent gagner Evrcux sans avoir à dé-
ploror aucune perle. Les volontaires furent moins heureux : clans le mouvement de retraite, un garde national d'Evreux fut pris et massacré par la cavalerie. Trois habitants de Pacy, qui s'étaient avancés en curieux et sans armes, trouvèrent également la mort aux portes de la ville. Quant au détachement de Saint-Chéron , il se retira sans coup férir et ne perdit qu'un caporal isolé, qui, rencontré par quelques cavaliers, fut blessé et fait prisonnier. Bien que celle rencontre n'ait occasionné à l'ennemi, s'il faut l'en croire, que des perles nulles ou insignifiantes, le village d'Aigleville faillit être incendié : l'ordre en avait été donné, et plusieurs fantassins, la torche au poing, n'attendaient plus que le signal, lorsqu'une domestique du château, Bavaroise d'origine, parvint à adoucir la férocité de ses compatriotes.
La présence de l'ennemi à Pacy, connue aussitôt à Evreux, y causa une panique des plus vives. Le colonel Cassagne, qui avait remplacé la veille le général Delarue dans le commandement de la subdivision de l'Eure , eut d'abord l'intention de tenter un retour offensif et de reprendre ses positions ; mais l'ennemi ayant occupé Vernon dans la même journée et paraissant menacer Evreux de deux côtés, cette ville fut abandonnée dans la nuit du 5 au 6, les divers service.^^ administratifs et le matériel de la gare évacués précipitamment, et les troupes dirigées sur Serquigny. Le 6, le général de Bredow lança dans la direction d'Evreux et de Vernon de forts détachements de réquisition qui ne rencontrèrent plus aucune résistance; il réunit ainsi de grandes provisions, consistant principalement en farines, bestiaux,