‹ Campagne de 1870-1871Chapitre 4 sur 207 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

falloir organiser les quatrièmes bataillons des dépôts , or ces bataillons sont composés des bommes de la seconde portion du contingent, c'est-à-dire déjeunes soldats n'ayant que quelques mois de présence sous les drapeaux, et, par conséquent, qu'une instruction militaire superficielle ; un décret appelle les célibataires et les veufs sans enfants de vingt-cinq à trentecinq ans qui ont accompli leur temps de service; leurs rangs reçoivent quelques débris échappés à nos premiers désastres; plus tard, à la fin de septembre, on y ajoutera les jeunes recrues de la classe de 1870, et ce sont ces bataillons de marche formés à la hâte, avec un nombre insuffisant de sous-officiers, avec des officiers comptables ou de toute provenance, la plupart fatigués ou même usés par le service, n'attendant plus que leur retraite, et ayant permuté deux mois auparavant pour rester dans les dépôts; ce sont ces bataillons qui formeront nos troupes dites régulières et nos têtes de colonnes.

Avec ces troupes de marche en formation, nous avions la garde mobile qui devait primitivement faire le service de garnison et rendre toute l'armée active disponible en permettant la mobilisation des dépôts. Le plan adopté par Napoléon P"" en 1815, à son retour de l'île d'Elbe, était tout le secret de la loi militaire de 1868. Malheureusement l'organisation de la garde mobile, d'abord poussée avec activité par le regretté maréchal Niel, fut arrêtée par son successeur. Par suite du mauvais vouloir qu'elle avait rencontré de toutes parts, la loi de 1868 était donc une loi manquée. La disposition qui portait que la garde mobile ne pourrait être exercée plus de quinze jours par an, et que chaque exercice ne devrait pas

donner lieu à un déplacement de plus de vingt-quatre heures, supprimait par cela même les moyens d'en faire une force sérieuse. Bientôt le gouvernement, l'ayant expérimentée à Paris, ne vit plus dans l'institution qu'un sujet de crainte ; il forma d'abord le projet d'envoyer les hommes faire l'exercice aux chefslieux de canton avec des armes placées sous la protection de la gendarmerie, mais cette idée ne fut même pas mise à exécution : quand l'ennemi parut, les gardes mobiles n'avaient pas encore de fusils et ne pouvaient opposera l'invasion que le seul obstacle de leurs poitrines.

Cette milice, qu'on se plaisait à comparer à la landuehr, à la « nation armée », était bien la nation elle-même, et ce fut un spectacle mémorable que cette application, au milieu de nos revers, du service militaire obligatoire. Cette égalité devant le danger n'était point une chimère; la plus étroite solidarité avait confondu sous le drapeau, dans un même sentiment, toutes les conditions et toutes les fortunes. La garde mobile, c'était la jeunesse française dans toute la richesse et dans toute la variété de ses éléments : on ne l'avait point appauvrie pour former les armes spéciales ouïes corps d'élite; les jeunes gens remplacés auparavant payaient comme les autres leur dette à la patrie, et bon nombre d'engagés volontaires venaient grossir les rangs et prendre leur part au péril commun. C'était un admirable recrutement, comprenant des jeunes gens de vingt et un à vingt-six ans, tous dans la force de l'âge, et bien supérieurs aux recrues de la ligne, nonseulement par leur constitution physique, mais encore par leur intelli;jence et par leur instruction. Aussi la supériorité des bataillons de marche sur ceux de la

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