CHAPITRE TROISIEME
si le gouvernement français ne lui rend pas les hussards faits prisonniers. Le lendemain, cependant, sur la protestation de la délégation de Tours et des autorités du département, le général de Schmidt se décida à relâcher les habitants d'Ablis, et il aurait même, dit-on, en les reconduisant aux avant-postes, laissé échapper ces paroles : « A mon lit de mort, je me rappellerai cette malheureuse affaire '. « Il pourra se rappeler également le drame de Sivry-sur- Ante, dans lequel son ancien régiment a été le principal acteur, et dont la Champagne ne perdra pas de sitôt le souvenir.
«L'incendie d'Ablis était, dit Rùstow, le premier acte annonçant clairement la guerre de terreur. » Ce n'était ni le premier ni malheureusement le dernir : déjà nous avons vu le général de Bredou" inaugurer sa marche par le bombardement de Mézières; nous verrons cette consigne s'exécuter impitoyablement sur les deux rives de la Seine , et nous n'aurons que trop souvent l'occasion de flétrir ces représailles dignes des guerres civiles.
Sur la rive gauche de la Seine, nous avons laissé les Saxons au moment où, après avoir pris possession de Beauvais, le 30 septembre , ils ont envahi la plus grande partie du département de l'Oise. Au commencement d'octobre, se sentant soutenus par le détachement du prince Albert, dont les patrouilles sillonnent déjà les environs de Alarines et de Alagny, et s'avancent jusqu'aux portes deGisors, ils deviennent, de leur côté , plus entreprenants et le 2 octobre ils envoient dans la direction de Gournay une première
* Voy. Desjardins : Tableau de la guerre (les Allemands. Versailles.
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reconnaissance, forte de deux escadrons de cavalerie, dragons et uhlans.
Goiunay, ville commerçante et marché important, était un centre de ravitaillement dont l'ennemi désirait s'assurer la possession; aussi, dès le 21 septembre, le général Gudin avait-il fait occuper cette ville par le 8^ bataillon de la mobile du Pas-de-Calais (commandant Darceau), qui fut renforcé le 1" octobre par le 4* bataillon de l'Oise et par deux escadrons du 3^ hussards , sous les ordres du colonel d'Espeuilles. Dans la matinée du 2 octobre, un peloton de nos hussards rencontra à la hauteur de Senanteslareconnaissance saxonne en marche sur Gournay , et, en présence d'un ennemi supérieur en nombre, il dut se replier sur cette ville, suivi de près par les Saxons. Enhardie parla retraite des nôtres, une patrouille du 18 uhlans s'avance jusqu'à la gare ; mais elle est reçue à coups de fusil par une section de la 5" compagnie du Pas-de-Calais (lieutenant de Puisieux), qui se trouve là de grand'garde. Tandis que le reste de la compa,'^{nie de mobiles (capitaine du Hays) cherche à les tourner au pas de course, le colonel d'Espeuilles, à la tète d'un escadron, donne la chasse aux uhlans; et ceux-ci, après avoir essuyé plusieurs décharges, s'enfuient, emmenant un de leurs sous-officiers blessé et laissant entre nos mains deux chevaux et un prisonnier.
Cette première apparition des fourrageurs à Gournay, sur la limite même de la Seine-Inférieure, causa dans le département une très-vive émotion ; mais l'émotion de l'ennemi ne fut pas moins vive, car il ne s'attendait nullement à rencontrer notre cavalerie régulière, ni surtout à être ramené par elle, aussi