CHAPITRE TROISIÈME
celle escarmouche occasionna-t-elle une alerle, nonseuleiiient parmi la garnison de Beauvais, mais encore parmi celle de Clermont, qui s'empressa de doubler le service des grand'gardes et des patrouilles.
Devenus plus circonspects, les Saxons ne se hasardèrent plus aussi loin, et ce furent nos caraliers qui allèrent à leur rencontre. Le 5 octobre, un peloton du 3^ hussards, en reconnaissance à la Chapelle-aux- Pots, fut averti de la présence de patrouilles ennemies dont il suivit la trace jusqu'à Hodenc-en-Bray. Là, sept de nos hussards se détachèrent, fondirent à toute bride sur Armentières, et y rejoignirent les Saxons, qui, ne se croyant pas suivis de si près, faisaient tranquillement leur provision de tabac et de cigares. Troublés dans leurs achats, ils détalèrent précipitamment, poursuivis pendant plusieurs kilomètres par les décharges des nôtres. Dans cette nouvelle rencontre, deuxdragonsfurent mortellement atteints; quant à nos hussards, n'ayant éprouvé aucune perte, ils rentrèrent à Gournay, ramenant encore un uhlan fait prisonnier.
En traversant, dans leur fuite, le hameau d'Héricourt, les dragons du 2* régiment saxon s'écriaient qu'ils seraient vengés. Ils le furent en effet dès le lendemain. Sur les ordres du colonel saxon de Standfest, qui occupait Beauvais, un détachement d'exécution , commandé par le major de Goerne , du 2* régiment à pied de la garde prussienne , et composé des 6" et 1" compagnies de ce régiment, de deux escadrons du 18' uhlans saxons, et de deux pièces d'artillerie, se mit en route pour la Chapelleaux-Pols. Tandis que la cavalerie cernait le village, le gros de la troupe se dirigeait sur Héricourt. Déjà
ra\ ant-garde prussienne avait massacré sur sa route , au Pont-qui-Penche, un malheureux paysan dont les réponses incohérentes lui avaient paru suspectes; en arrivant au passage à niveau du chemin de fer, dit le Pont-aux-Claies, les fantassins envahirent la maisonnette du garde-harrière; l'ayant trouvé caché dans sa cave avec plusieurs ouvriers employés aux réparations de la voie, ils le firent sortir; puis, sur le simple soupçon qu'il était de connivence avec des francs-tireurs, ils le forcèrent à s'adosser à un poteau du télégraphe et le fusillèrent sous les yeux de sa femme éplorée, en face de sa maisonnette en flammes. Quant aux terrassiers, ils échappèrent à la mort, mais non à l'ignominie : mis à nu et attachés aux Lrhres de la route, ils ne furent relâchés qu'après avoir été fustigés d'une façon toute germanique. Poursuivant sa marche sur Héricourt, le major de Goerne arrive vers midi à l'entrée du village; sachant qu'il est vide de défenseurs et qu'il n'y a personne pour lui répondre, il met ses pièces en batterie et commence le bombardement pour ainsi dire à bout portant : au bout de vingt minutes, les hameaux d'Héricourt, d'Armentières et de la Frenoye sont en feu. Vers deux heures, ces héros reprennent la route de Beauvais, laissant derrière eux une soixantaine d'habitations en flammes, et satisfaits d'avoir tiré vengeance d'un fait de guerre qui était pourtant des plus réguliers. C'est ainsi que, sur la rive droite comme sur la rive gauche de la Seine, les Allemands, ayant rompu en visière avec la civilisation, parcourent notre malheureux pays la mèche allumée, la torche à la main, et ils se réjouissent de ce que la « pacification fait partout de rapides progrès » : Die Pacifirung machte hier