CHAPITRE TROISIEME. 6r
ûherall gute FortschrUte ' / Ah ! si de pareils moyens eussent été employés dans un pays armé et préparé pour la défense, ils auraient eu pour résultat l'extermination certaine des «pacificateurs».
Au lendemain de l'incendie d'Héricourt, les Allemands, pensant nous avoir suffisamment terrifiés du côté de l'ouest, résolurent d'étendre leur rayon d'occupation dans le nord : un régiment de dragons saxons parti de Clermont avec une section d'artillerie, et deux compagnies prussiennes envoyées de Chantilly, allèrent tenir garnison à Compiègne, qui avait été visité plusieurs fois déjà par les fourrageurs ennemis , et qui fut occupé sans difficulté. Le major de Funcke, qui commandait ce détachement saxo-prussien, s'attendait à faire un long séjour à Compiègne; installé à l'ancienne résidence impériale , il se montrait assez satisfait de la nourriture et du logement, quand, deux jours après son arrivée, il reçut tout à coup, à son grand déplaisir, l'ordre de retourner à Clermont, dont le colonel de Standfest venait de prendre le commandement. Le général Senfft, de son côté, s'était rendu à Beauvais pour concourir au mouvement que le prince Albert et le comte de Lippe allaient effectuer de concert contre Gisors.
La ville de Gisors , qui est le centre d'un commerce important, le nœud de plusieurs embranchements de chemin de fer, et, en quelque sorte, la clef du Vexin , ne devait pas tarder à être réquisitionnée par l'ennemi : c'était l'objectif fixé au prince Albert , que nous avons laissé à la fin du chapitre précédent sur la rive droite de l'Oise. Au commencement d'oc-
* Voy. Blume : Die Operationen (1er deutschen Heere. Berlin.
tobre, le détachement de ce prince, se reliant à celui du comte de Lippe, poussait ses patrouilles le long de la ligne de l'Epie, où il détruisait les ponts de Bray-el-Lu, de Aïontreuil et d'Aveny.
Le 2 octobre , le jour même où les cavaliers saxons s'avançaient jusqu'aux portos de Gournay, les uhlans prussiens poussaient jusqu'à Trie-Chateau , coupaient le télégraphe à Eragny et y détruisaient le chemin de fer. Le 6 octobre, huit des leurs pénétrèrent dans Gisors , poussant devant eux un habitant qu'ils avaient pris comme guide et comme sauvegarde; mais, reçus à coups de fusil par les gardes nationaux, qui leur blessèrent deux chevaux, ils s'enfuirent à toute bride en abandonnant leur prisonnier.
La présence presque simultanée de l'ennemi à Pacy et à Vernon, à Gournay et à Gisors, dans les premiers jours d'octobre, avait redoublé les alarmes en Normandie, A Rouen , le commandant général Estancelin faisait retentir l'appel aux armes : « L'en- » nemi entre dans notre province , disait-il dans sa «proclamation du 8 octobre, que tout homme de » cœur prenne son fusil et vienne le recevoir ! Sur » les frontières de notre département, des accidents » de terrain, des bois profonds, permettent une résis- » tance efficace : que chaque arbre abrite un tireur, » que chaque obstacle soit défendu! 5>
C'est à la môme date ([ue AL Gambetta, échappé de Paris en ballon et tombé la veille aux environs de Alontdidier, traversait la ville de Rouen, où de sa voix vibrante il adressait à la foule assemblée ces paroles restées célèbres : « Si nous ne pouvons "faire un pacte avec la victoire, faisons un pacte » avec la mort ! »