CHAPITRE IV
Suite des opérations des détachements saxo-prussiens dans le nord-ouest. — Marche du prince Albert (fils) sur la ligne de l'Epfe. — Situation militaire des deux partis sur l'Andellc et sur l'Epte. — Prise de Gisors et comhat de Bazincourt (9 octobre). — Expédition des Allemands à Gournay (10 octobre). — Combat de Breteuil (12 octobre). — Rencontre d'Ecoiiis (14 octobre). — Expédition des Prussiens aux Andelys (i5 octobre). — Embuscades de Fontenay-Saint-Père (15 et 16 oclo-
' bre). — Expédition des Allemands à Alontdidier (17 octobre). — X'ouvelle répartition de nos commandements en province , nominations et mutations dans les régions du nord et de l'ouest.
Le prince Albert, qui avait établi depuis ruelques jours son quartier général au château de llontchevreuil, envoya de nouveau ses uhlans à Gisors dans la matinée du 8 octobre. Le chef de la patrouille fit mander le maire, et réclama, au nom de son général, le passage libre dans la ville, la reddition des armes de la garde nationale, une indemnité pour les chevaux blessés l'avant-veille, et des cartes géographiques. On remarquera la singularité de cette dernière demande, que les Prussiens renouvelèrent souvent dans le Vexin et dans la Normandie : en gens prévoyants, ils étaient tous munis de la carte de l'Europe centrale de Reymann, mais cette carte s'arrêtait précisément à la rive gauche de l'Epte. Il est vrai qu'ils avaient copié, revisé et môme amélioré celle de notre dépôt de la guerre, dont les officiers français ne possédaient que de rares exemplaires, mais ils ne se doutaient pas, et qui de nous eût pu le croire? que l'investissement de Paris les forcerait d'étendre aussi loin leur rayon d'occupation, et que les nécessités du
ravitaillement les pousseraient jusqu'en Normandie. La municipalité de Gisors ayant refusé de satisfaire aux exigences de l'ennemi, l'officier de uhians se retira annonçant que son général avait résolu d'occuper la ville et qu'il arriverait le lendemain avec des forces plus sérieuses et du canon.
Gisors, comme tant d'autres localités, se trouvait alors dans une situation des plus difficiles : d'un côté lesdépéchesdes préfets et les proclamations de l'étatmajor des gardes nationales prescrivaient partout la lutte à outrance; le sol national devait être défendu pied à pied; d'après l'énergique recommandation du commandant général Estancelin , « chaque arbre devait abriter un tireur » ; mais d'un autre côté, les militaires craignaient, avec raison, de compromettre le peu de troupes novices dont ils disposaient. Le général Gudin résista donc avec beaucoup de fermeté aux sollicitations dont il était l'objet pour la défense de Gisors, d'autant plus que cette ville, bien qu'elle ait par elle-même une certaine importance stratégique, est, au point de vue défensif, dans de très-mauvaises conditions topographiques. A la date du 8 octobre, il n'avait en avant de Rouen que six escadrons de cavalerie, comptant moins de cent chevaux chacun et fournissant tous les services, plus huit bataillons de mobiles, à peine organisés, environ 8 à 9,000 hommes en tout, sans un canon. Avec d'aussi faibles moyens il lui était impossible de songer à défendre la ligne de l'Epte ; il est même fort probable que si les forces combinées qu'il avait alors devant lui avaient attaqué la ligne de l'Andelle, il n'aurait pu s'y maintenir, et que, conformément aux ordres du ministre et d'après un itinéraire tracé à l'avance.