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CHAPITRE QUATRIÈME

il aurait replié ses troupes sur le Havre. On savait à la division militaire de Rouen que le comte de Lippe avait sous ses ordres trois bataillons, seize escadrons et dix-huit canons; on ignorait, il est vrai, l'effectif du détachement du prince Albert, mais on supposait, avec une certaine vraisemblance, qu'un neveu du roi de Prusse, nommé récemment général-lieutenant, commandait non pas une troupe de fourrageurs, mais des forces respectables, en rapport avec son rang, ou tout au moins avec son grade. En réalité, les deux détachements réunis du prince Albert et du comte de Lippe comptaient six bataillons, vingtquatre escadrons et cinq batteries, c'est-à-dire 8 à 9,000 hommes avec trente canons.

Dans une telle situation, tout projet de résistance aurait dû être abandonné; mais l'autorité civile en avait décidé autrement. Sur une démarche faite par la municipalité de Gisors, le sous-préfet de l'arrondissement des Andelys prit sur lui d'envoyer au secours de cette ville un détachement de mobiles et une section de francs-tireurs. Ce fonctionnaire fut immédiatement blâmé par le général Gudin , qui lui intima par le télégraphe la défense d'ordonner à l'avenir aucun mouvement militaire; mais les secours promis à Gisors étaient déjà rendus aux portes de la ville et passaient la nuit du 8 au 9 aux Thilliers, à Vesly et à Dangu. Le détachement se composait d'environ 500 mobiles du V bataillon des Landes (commandant Beaume), et de la section des francstireurs des Andelys (capitaine Desestre). Dans la matinée du 9 octobre, il fut renforcé par 2 ou 300 gardes nationaux. Les défenseurs de Gisors allèrent se masser sur le Mont-de-l'Aigle, position dominante

au nord-ouest de la ville; et là, adossés à la forêt et couverts par la rivière de l'Eptc, ils attendirent, sous une pluie battante, des événements dont l'issue n'était malheureusement pas douteuse.

Vers midi, l'ennemi parut sur les hauteurs opposées de la rive gauche : c'était le prince Albert, avec trois bataillons, huit escadrons et deux batteries; il était appuyé par le général Senfft, parti de Beauvais avec deux compagnies, trois escadrons et deux sections d'artillerie; il disposait par conséquent d'environ 5,000 hommes et seize canons. Tandis que les uhlans battent le pays, l'infanterie prussienne se déploie sur le plateau de la Folie et l'artillerie met deux pièces enbatterie sur la colline qui domine la gare, la ville de Gisors et les routes aboutissantes. L'un des premiers obus tombant au milieu du détachement des Landes, y tue ou blesse , plusieurs hommes; les mobiles se réfugient dans la foret, et ce mouvement de retraite dégénère bientôt en une fuite précipitée dans la direction des Andelys.

Au bruit du canon, le maire de Gisors, M. Le Père, à la tète de la municipalité, s'était rendu près du prince Albert, pour tacher d'épargner à la ville les horreurs d'un bombardement; mais pendant ces pourparlers, un bataillon prussien, sous les ordres du major Schramm, en avait déjà pris possession.

Tandis que cette échaulfourée avait lieu aux portes de Gisors, une trentaine de gardes nationaux mal armés luttaient héroïquement à quatre kilomètres au nord de cette ville pour contenir les efforts d'un ennemi vingt fois supérieur en nombre; cette noble résistance allait illustrer un village de deux cents ha-

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