CHAPITRE QUATRIÈME
bitants et sauver l'honneur de la journée. Les gardes nationaux de Bazincourt, auxquels deux blessés de Gravelotte, recueillis au château de Thierceville, avaient servi d'instructeurs, s'étaient chargés de défendre les ponts qui donnent accès sur la rive gauche de l'Epte et d'empêcher ainsi un mouvement tournant. Plusieurs ouvriers étaient en train de couper le pont de Droittccourt dans la matinée du 9 octobre, lorsqu'ils furent dispersés par les uhlans descendus des hauteurs opposées. A cette vue, les gardes nationaux de Bazincourt, ayant à leur tête le lieutenant Lebrun, se déploient en tirailleurs le long de la rivière, chassent les éclaireurs à coups de fusil, démontent l'un d'eux et font tourner bride aux autres; puis, enhardis par ce succès, ils franchissent la rivière et se lancent à leur poursuite jusqu'au village d'Eragny; mais là ils se trouvent en présence de deux compagnies ennemies, et après avoir soutenu pendant quelque temps un combat inégal, ils sont poursuivis à leur tour et forcés de repasser l'Epte. Tandis que les uhlans, débouchant au galop par Droittecourt, manœuvrent pour les tourner, l'infanterie prussienne envahit le territoire de Bazincourt. Cernés de toutes parts, six de ces braves gens se font tuer pour l'honneur et tombent percés de balles. Bien qu'il n'ait eu qu'un seul blessé dans cette affaire, l'ennemi déploie un tel acharnement contre ces paysans eu blouse, que deux d'entre eux, mis hors de combat, sont massacrés sans pitié, après s'être rendus. Le maire de Bazincourt, M. le comte de Briey, qui s'est jeté courageusement dans la mêlée, est fait prisonnier avec deux des siens; il parvint néanmoins, au prix des plus grands efforts, à fléchir le baron de Korff, qui commandait ce déta-
cbement, et à préserver la commune des représailles dont elle était menacée '.
Pendant ce temps, la ville de Gisors était complètement enveloppée au sud et à l'ouest par l'infanterie et la cavalerie du prince Albert ; les ulilans passant au nord par le chemin des Ursulines, au sud par Courcelles et le pont d'Inval, barraient la route d'Etrépagny, incendiaient la ferme des Bouillons, et, s'avançant jusqu'à Saint-Paër et Bézu-Saint-Eloi, faisaient prisonniers cinq mobiles et quatorze gardes nationaux, derniers fuyards du Mont-de-l'Aigle.
A deux heures, Gisors était occupé par le 27* régiment d'infanterie prussienne (Magdebourg) et par le 3' régiment de ublans de la garde avec deux batteries d'artillerie. Le commandement de la place fut dévolu au colonel des ublans; c'était l'un des descendants du généralissime des troupes prussiennes en 180G, le prince de Hohenlobe-Ingelfingen, qui prenait à Gisors la revanche d'Iéna. Le premier soin de l'ennemi fut de frapper sur la ville une contribution de guerre de 18,000 francs : aux réclamations que fit entendre la municipalité, le prince de Hobenlohe répondit que le meilleur moyen de bien disposer le prince Albert en faveur des prisonniers était de payer entièrement et sar-le-champ la somme exigée. Moyennant ce versement et la fourniture de très-fortes réquisitions, les mobiles et les gardes nationaux pris à Saint-Paër et à Bézu furent en effet rendus à la liberté. Dans une cérémonie bizarre ^ que présida le second lieutenant de Bismarck, neveu du chancelier allemand,
^ Voy. Bazincourt pendant la guerre. Gisors.
2 Voy. Procès-verbaux du conseil municipal de Gisors. Beauvais.