CHAPITRE QUATRIÈME
on leur avait fait jurer de ne pas reprendre les armes jusqu'à la fin de la campagne.
Quant aux prisonniers de Bazincourt, malgré les démarches que fît pour les sauver M. le comte de Briey, malgré les généreux efforts d'un officier polonais, le second lieutenant comte de Bninski, ils devaient cruellement expier le crime d'avoir défendu leurs foyers sans porter d'uniforme. Trois d'entre eux, il est vrai, furent relâchés après avoir été roués de coups de hâton, à la manière allemande, mais les cinq autres, après un simulacre de jugement, furent impitoyablement fusillés à Saint-Germer-de-Fly, le lendemain du combat. Le chef du peloton d'exécution n'oublia pas de lire aux victimes, dans un psautier latin, les prières des agonisants : on ne pouvait observer avec plus de scrupule les pratiques de la religion, et violer plus odieusement les droits de l'humanité.
Après la prise de Gisors, le prince Albert fit défiler toutes ses troupes à travers la ville , dont il confia la garde au prince de Hohenlohe ; après quoi, il partit lui-même avec la majeure partie de ses forces, remontant le cours de TEpte, de concert avec le détachement saxon du général Senfft, et se dirigea sur Sérifontaine, où il passa la nuit. Ce mouvement menaçait clairement Gournay. Le colonel d'Espeuilles, qui l'occupait avec deux escadrons de hussards et deux bataillons de mobiles, ne jugea pas prudent de s'engager sans artillerie contre des forces supérieures, ni d'essayer de se maintenir dans une ville dominée de tous côtés par des hauteurs et qui, sous le rapport de la défensive, se trouvée dans d'aussi mauvaises conditions que Gisors; c'est pourquoi il se retira
sur Argueil, dans la matinée du 10 octobre. Quelques heures après son départ, les détachements réunis du prince Albert et du général SenfTt se montraient aux portes de la ville, qui fut occupée par une partie de ces troupes tandis que le reste en gardait les abords. Après avoir désarmé la garde nationale, levé de fortes réquisitions de vivres et exigé de la municipalité certaines fournitures dont la livraison devait être faite à des époques déterminées, les Prussiens et les Saxons reprirent le soir même, vers quatre heures, les direclions de Gisors et de Beauvais.
Tandis que chez nous le déplorable système de la défense locale éparpillait nos faibles ressources, et rendait ainsi impossible le concert qui aurait dû exister entre les troupes de l'Eure , de la Seine- Inférieure et de la Somme pour repousser un ennemi commun, nos adversaires, sans cesser d'étendre leur cercle d'occupation , étaient toujours prêts à écraser toute tentative de résistance. Afin d'être à même de se prêter un appui réciproque, ils avaient rétabli sur leurs derrières plusieurs sections de nos voies ferrées. Dès le 7 octobre le comte de Lippe avait envoyé de Chantilly aux maires de l'Oise l'ordre de prendre toutes les mesures nécessaires pour assurer la circulation des trains, et il rendait les communes responsables de tous les accidents qui auraient pu être occasionnés sur la voie; certaines municipalités furent frappées d'une réquisition d'un nouveau genre : on les somma de fournir à un emplacement désigné des rails et des traverses de chemin de fer. Grâce à ces dispositions, le prince Albert et le comte de Lippe étaient toujours en mesure de se concentrer avec rapidité et