‹ Campagne de 1870-1871Chapitre 38 sur 207 · CHAPITRE QUATRIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIEME

des mobiles de la Somme est tellement nourri que les Saxons se demandent s'ils n'ont pas affaire à l'infanterie prussienne et s'ils n'ont pas essuyé le feu des fusils Dreyse; ils détachent donc trois dragons pour mettre fin à ce qu'ils considèrent comme une méprise : l'un de ces volontaires s'approche en agitant un mouchoir blanc, mais quelques coups de fusil partis par mégarde de l'aile gauche de nos tirailleurs lui font aussitôt tourner bride. Cependant le feu ayant cessé, un officier de mobiles, le capitaine des Cressonnières, s'imaginant que les cai^aliers ennemis voulaient se rendre, s'élance à son tour un mouchoir à la main; le signal est aperçu par les dragons, qui s'avancent jusqu'à cinq ou six cents pas du bataillon, et leur chef se détache alors pour se porter à la rencontre du capitaine français; mais dès qu'ils ont échangé les premières paroles, ces deux officiers s'aperçoivent de leur erreur réciproque, et ils se séparent après cette entrevue , d'ailleurs très-courtoise. Les dragons se retirent sur le chemin du bois Ricard, et les mobiles gagnent la route d'Amiens.

Tandis que cette rencontre avait lieu au nord de Breteuil, le major de Funcke, des hauteurs du Alont- Joie, couvrait de ses obus les défenseurs de la ville, qui, débouchant au sud, entrâtes routes de Beauvais et de Clermont, se portaient sur Vendeuil. Cette canonnade força les nôtres à se replier en se couvrant des haies et des bois d'aunes qui bordent la jVoye. Ils furent suivis par les tirailleurs ennemis, qui, s'étant un peu aventurés, furent éloignés par une vive fusillade. Mais le major de Funcke fit avancer sur la route une section d'artillerie, bientôt suivie par ses deux autres pièces, et il dirigea sur l'entrée de la ville un

tir à mitraille qui éteignit le feu des mobiles et força les habitants à hisser le drapeau parlementaire au sommet du clocher de l'église.

Le général Senfft, soit qu'il n'ait pas aperçu ce signal, soit que, séparé du détachement de Clermont par la vallée de la Noyé, il n'ait pas été en communication directe avec le major de Funcke , continua pendant plus d'une demi-heure à canonner lireteuil; il empêcha ainsi l'infanterie prussienne d'y pénétrer, et permit aux deux compagnies de la Somme (capitaines Brandicourt et Blin de Bourdon), qui avaient soutenu le principal effort de la lutte, de se retirer vers le nord et de gagner Paillart en traversant les bois et les marais. Il était environ une heure et demie lorsque le feu cessa. Le major de Funcke, pénétrant alors dans Breteuil qu'il laissa sous la garde d'une compagnie, se mit à la poursuite des nôtres, dont plusieurs furent blessés ou pris. Le général Senfft, arrivant à son tour, suivit le major de Funcke jusqu'au delà d'Esquennoy, et dirigea sur Bonneuil une trèsvive canonnade qui se prolongea jusque vers deux heures et demie. A quatre heures, toutes les troupes allemandes étaient de retour à Breteuil.

Dans cette journée, il y eut du côté de l'ennemi un sous-officier du 18° régiment de uhlans saxons mortellement atteint, plusieurs dragons mis hors de combat, et une dizaine de chevaux tués ou blessés. De notre côté, les gardes nationaux de Bonneuil perdirent un homme, et ceux de Blancfossé eurent trois des leurs grièvement blessés. Dans la garde mobile de la Somme, il y eut onze blessés, parmi lesquels le capitaine Blin de Bourdon, et cinquante-quatre prisonniers , dont trois officiers. Si nos pertes ne

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