CHAPITRE QUATRIÈME
furent pas plus considérables, il faut certainement l'attribuer à un concours fortuit de plusieurs circonstances heureuses : le brouillard ne permit pas à l'ennemi de s'assurer de la faiblesse numérique de ses adversaires; beaucoup de ses obus, tombant dans un terrain détrempé, n'éclataient pas, en sorte que son artillerie lui fut de peu d'utilité; enfin le défaut d'entente qui régna depuis le début jusqu'à la fin de l'affaire entre le détachement de Clermont et celui de Beauvais, empêcha les Saxons de faire usage de leur nombreuse cavalerie, qui aurait pu causer de véritables désastres aux gardes nationaux et aux mobiles. Ces derniers se rallièrent dans la soirée à Ailly-sur- Noye ; quant à l'ennemi, il partit de Breteuil le jour même, vers cinq heures, et reprit les routes de Beaux^ais et de Clermont.
Si nous quittons la vallée de la Noyé pour revenir à celle de l'Epte , nous verrons que le prince Albert, à la suite de son expédition à Gournay, avait installé son (juartier général à Gisors. Les différentes dispositions prises par lui dénotaient une intention évidente de se maintenir dans sa nouvelle possession; la municipalité de Gisors n'avait pas dû lui fournir moins d'une trentaine de guérites pour les sentinelles qui gardaient soigneusement toutes les issues de la ville. Il avait envoyé sur sa gauche un détachement à Magny; en outre, des postes permanents furent établis à Dangu et au four à chaux de Thierceville. Dès le 12 octobre, un peloton de uhlans et un piquet d'infanterie s'avancèrent jusqu'à Etrépagny, où ihs désarmèrent la garde nationale et levèrent de fortes réquisitions; le 13, les patrouilles prussiennes poursuivant le désarmement, s'avancent jusqu'à Morgny
et au Thil, où elles rencontrent pour la première fois nos hussards.
Dans la matinée du 14 octobre , un détachement d'infanterie, précédé de deux escadrons du V uhlans de la garde, partait de Gisors dans la direction d'Etrépagny. Arrivée dans cette dernière ville, la colonne ennemie se divise : l'infanterie se porte sur Saussaye-la- Vache, pour y couper le chemin de fer départemental de Pont-de -l'Arche ; la cavalerie, chargée de couvrir cette opération, s'avance sur Ecouis et, vers midi , prend position à la bifurcation des routes de Magny et de Gisors. Sur notre gauche, les flanqueurs traversent rapidement Verclives ; sur notre droite, un escadron de uhlans, passant par Hacqueviile et Suzay, arrive à Saint-Jean de Frenelle; là, un peloton se détache et se porte par Corny sur les Andelys, après quoi l'escadron continue sa marche dans la direction de Villerets ; son avant-garde essuie, en passant sur la lisière des bois de Mussegros, une décharge de la 1" compagnie des tirailleurs havrais (capitaine Jacquot), qui fait vider les arçons à deux uhlans et suspend un instant la marche des autres; mais les francs-tireurs n'ayant point continué le feu , l'ennemi poursuit son mouvement tournant par Fresne-l'Archevéque et Villerets.
Un escadron du 3" hussards (commandant Rey), qui était de grand'gardeà Ecouis, et dont les vedettes en se repliant avaient déjà tiré quelques coups de feu du côté de Verclives, se voyant débordé sur sa droile, songe à regagner Grainville. Dans ce mouvement de retraite, une douzaine de nos cavaliers, commandés par le sous-lieutenant Beuve, se trouvent tout à coup isolés. Ils cherchent à rejoindre leur esca-