‹ Campagne de 1870-1871Chapitre 40 sur 207 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

dron, lorsque, arrivés à mi-chemin d'Ecouis à Brémule, au lieu dit la Folie, ils voient la route barrée par les ulilans venus de Villerets. Malgré l'effrayante disproportion du nombre, le chef de cette petite troupe, suivi de six des siens, tente résolument de s'ouvrir un passage à travers les rangs ennemis ; mais après avoir déchargé leurs mousquetons, nos hussards n'ont pas encore eu le temps de mettre le sabre à la main, qu'ils sont chargés en flanc par un peloton. Tous ces braves tombent criblés de coups : deux sont tués, le sous-lieutenant Beuve et les autres laissés pour morts. Sans attendre les secours qui pourraient arriver du camp de Grainville, les uhlans de la garde se retirent à Ecouis, où ils ont fait porter quatre des leurs, tués ou blessés, puis ils reprennent peu de temps après le chemin de Gisors, ayant enfin trouvé, disaient-ils, dans nos soldats du 3^ hussards, des adversaires dignes d'eux.

La nouvelle de la rencontre d'Ecouis était rapidement parvenue à Rouen ; mais, chemin faisant, cette brillante escarmouche, tout à l'honneur de nos armes , avait pris les proportions d'une défaite. Dans l'après-midi et dans la soirée du 14, l'état-major des gardes nationales avait adressé au Havre les télégrammes les plus alarmants, tandis que le comité de défense de Rouen s'occupait déjà de faire élever des barricades. Cependant, peu à peu, l'émotion se calma, et l'on se contenta de porter en avant les troupes dont on pouvait encore disposer. En réalité, il n'y avait pas lieu de s'effrayer de la rencontre d'Ecouis; car, en opérant ce mouvement en avant, l'ennemi n'avait d'autre but que de couvrir les travailleurs qui coupaient le chemin de fer à Saussaye, et cette destruc-

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tion même dénotait, de la part du prince Albert, des intentions purement défensives. Le général Gudin se borna donc à expédier sur l'Aridelle la dernière troupe qu'il eût sous la main ; c'était le 2^ bataillon de la garde mobile de la Seine-Inférieure, qui formait la garnison de Rouen. Parti dans la nuit du 14 au 15, ce bataillon alla prendre position à Cressenvillc , en avant de Grainville. Les 2" et 3' bataillons de la garde nationale sédentaire de Rouen avaient été portés, le 12oclobre, sur la ligne de l'Andelle ; le commandant général Estancelin en fit partir deux autres, les 4* et 5", qu'il dirigea sur Boos.

Comme on l'a vu plus baut, l'ennemi, en marchant sur Ecouis le 14, avait poussé sur les Andelys un peloton de cavaliers , qui avait pour mission de reconnaître et d'observer le passage de la Seine. Lorsque ces ublans arrivèrent, le pont venait de sauter derrière une escouade de gendarmes et une section de soldats de ligne qui s'étaient retirés sur la rive gauche. Les Prussiens quittèrent la ville sans y faire de réquisitions, mais ils revinrent le lendemain au nombre de 5 à GOO. Ce détachement de toutes armes , sous les ordres du major baron de Korff, arriva dans la matinée du 15 en vue des Andelys , et prit position sur les hauteurs qui dominent la ville. L'ennemi avait appris que les mobilisés étaient convoqués ce jour-là au chel-lieu d'arrondissement pour la révision, et son intention était de s'emparer d'eux; c'était en effet une belle occasion de faire des prisonniers sans coup férir; mais le sous-préfet, mis sur ses gardes par l'excursion de la veille, avait eu le soin de donner contre-ordre. Voyant que le but de son expédition était manqué , le baron de Korff

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