‹ Campagne de 1870-1871Chapitre 5 sur 207 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

garde mobile consistait surtout dans l'armement : la ligne avait des fusils Chassepot, et la meilleure arme des mobiles était le fusil à tabatière. L'habillement était des plus défectueux, et nos braves jeunes gens se rappelleront longtemps leur premier uniforme, pour lequel l'Etat leur avait alloué la somme de dix francs, et qui se composait d'une simple casquette et d'une blouse de toile bleue. L'équipement consistait dans une mauvaise musette ou un bissac grossièrement cousu : plusieurs mobiles portaient même leurs efiets serrés dans un mouchoir, et auraient plutôt ressemblé à des émigrants qu'à des soldats, si deux galons de laine rouge., ajustés sur leurs manches, n'eussent distingué ces nouveaux croisés de l'indépendance nationale. Si le choix de ses officiers avait été partout dicté par des considérations essentiellement militaires; si elle avait été réunie et exercée, la garde mobile aurait encore rendu de meilleurs services; « elle eût été peut-être le salut de la France '" ; mais quand après nos premiers revers elle fut appelée par décret à l'activité, elle passa subitement, sans transition, de l'oubli auquel on l'avait vouée à la vie active des camps et des champs de bataille.

On ne peut se rappeler sans émotion les tristes circonstances dans lesquelles elle parut pour la première fois en rase campagne. En s'avançant de Metz sur Paris, les Allemands rencontrèrent, le 25 août, à Sivry-sur-Ante, un millier de gardes mobiles du ¥ bataillon de la Marne qui, à l'approche de l'ennemi , avaient été dirigés de Vitry sur Sainte-Menehould. « Après leur avoir envoyé quelques obus " ,

* Voy. Chareton, Rapport sur la loi d'organisation de l'armée. 1873.

(lit le colonel fédéral Rùstow', «une fraction de la !î G' division de cavalerie les chargea, les dispersa, V et les fit en grande partie prisonniers; un grand 1) nombre furent sabrés ou tués à coups de lance. Les » Allemands ont prétendu que ces gardes mobiles « avaient voulu se rendre; mais que ne sachant par « quels signes conventionnels manifester ce dessein, ;) ils s'étaient arrêtés et avaient formé le carré de 5) leur mieux. C'est là ce qui avait été la cause de la n charge inutile des cavaliers. » L'écrivain que nous venons de citer paraît n'avoir connu que le premier acte d'un drame dont voici le lamentable dénoùment : faits prisonniers, désarmés et emmenés en captivité, ces malheureux jeunes gens venaient de traverser le village de Passavant , lorsque l'un d'eux quitta les rangs pour aller se désaltérer au ruisseau du chemin. Un soldat de l'escorte tire sur lui, et les Prussiens, se croyant attaqués, chargent impitoyablement les infortunés mobiles. Une reconnaissance de cavalerie fait feu sur eux; puis, l'infanterie cantonnée dans le village se mêle à celte attaque, et bientôt les deux côtés de la route sont jonchés de blessés et de cadavres. Les Prussiens mettent tant d'acharnement dans cette horrible mêlée, où l'on tue à bout portant des prisonniers sans armes, que ceux mômes qui n'ont pas quitté leurs rangs ne sont point épargnés; trente-deux d'entre eux sont massacrés, quatre-vingt-douze mutilés, et plusieurs vont périr misérablement et sans secours dans les champs où ils s'étaient cachés. Dix mois après cette scène sanglante, on retrouvait dans les bois de Passavant, sou-

* Voj . Rùstow : Der Krieg uni die Rheingrenze. Zurich.

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