CHAPITRE QUATRIÈME
fouilla lui-même les bureaux de la mairie et de la sous-préfecture, dans l'espoir d'y trouver au moins les listes des mobilisés, mais il ne fut pas plus heureux dans ces perquisitions, et il dut reprendre la route de Gisors, en se contentant d'emmener le souspréfet comme otage. Après avoir eu avec le prince Albert une entrevue dont il a lui-même raconté les détails ' , ce fonctionnaire fut reconduit dans la soirée aux avant-postes; il revint, médiocrement enchanté du baron de Korff, gendre de Meyerbeer, qui parut avoir complètement oublié que son beau-père devait à la France sa réputation et sa fortune.
Pendant que le major de Korff s'avançait aussi jusqu'aux Andelys, les uhlans du 3* régiment de la garde, appuyés par un bataillon d'infanterie, occupaient Alagny, et, dans le but de se mettre en communication avec le général de Rheinbaben sur la rive gauche de la Seine, lançaient sur Alantes une première patrouille. Une dizaine de francs-tireurs en formation , ayant à leur tête un ancien militaire, AI. Poulet-Langlet, s'embusquèrent dans les bois de Fontenay-Saint- Père , entre ce village et celui de Drocourt , et le 15 octobre, vers deux heures de l'après-midi, reçurent à coups de fusil les premiers éclaireurs et leur tuèrent deux chevaux, dont ils blessèrent les cavaliers. Le lendemain, AI. Poulet-Langlet, qui avait pu réunir une vingtaine d'hommes, dresse une nouvelle embuscade ; l'ennemi de son côté revient plus nombreux avec l'intention de venger ses pertes de la veille. Le détachement se compose d'un peloton de uhlans et d'un piquet d'infanterie; au moment où il traverse
* Voy. Dehais: U Invasion prussienne dans l'arr'" des Andelys. Éireux.
le bois de Fontenay-Saint-Père, il essuie de nouveau une fusillade qui couche deux uhlans par terre, en met plusieurs hors de combat et tue ou blesse un assez grand nombre de chevaux. Mais les nôtres n'étaient pas en force pour défendre le passage des bois , surtout avec des fusils de chasse ; les Prussiens, furieux, se précipitent sur le village de Fontenay, tuent cinq pompiers qui montaient la garde à l'entrée des rues, et mettent le feu aux habitations. Le mal que les francs-tireurs isolés pouvaient faire à l'ennemi n'était pas, comme on le voit, comparable aux représailles que cette guerre d'embuscades ne manquait pas d'attirer sur des habitants et des villages inoflensifs.
Les forces du prince Albert et du comte de Lippe n'étaient pas assez considérables pour leur permettre de s'étendre jusqu'à Rouen et Amiens, mais elles étaient suffisantes pour qu'ils pussent se maintenir sur les points qu'ils occupaient; et, avec des troupes imparfaitement organisées et encore dépourvues d'artillerie, il eût été imprudent de notre part de chercher à les en déloger. Il n'existait d'ailleurs aucun rapport entre la division militaire de Rouen et celle d'Amiens, ni aucun lien entre les troupes qui couvraient la Seine-Inférieure et celles qui opéraient dans la Somme.
Déjà les mobiles de ce dernier département s'étaient vus repoussés de Breteuil le 12 octobre; un autre détachement, envoyé quelques jours après d'Amiens à Alontdidier, ne tarda pas à attirer l'attention de l'ennemi, qui avait d'ailleurs des griefs sérieux contre cette dernière ville. L'état-major saxon avait décidé qu'elle serait soumise à une forte contribution, sous