‹ Campagne de 1870-1871Chapitre 42 sur 207 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

le prétexte qu'on y avait arrêté les pourvoyeurs de l'année de la Meuse; peut-être aussi voulaient-ils la punir de l'accueil fait quelques jours auparavant au membre du gouvernement de la défense nationale, qui était devenu l'âme de la résistance en province, car les Allemands détestaient M. Gambetta, ce qui n'est pas son moindre titre de -gloire.

Dès le 11 octobre, des dragons partis de Clermont étaient allés reconnaître le terrain , mais s'étant approchés de trop près, ils furent mis en fuite par les gardes nationaux, qui cherchèrent à leur couper la retraite. Quelques jours plus tard, la ville fut occupée par un détachement (capitaine Comte) du 2® bataillon de la garde mobile du Gard , ayant un effectif d'environ 350 hommes. A Montdidier, de même qu'à Gisors , l'autorité civile avait encouragé les habitants à se défendre, leur promettant des secours suffisants pour résister ; mais, le moment venu, ils se trouvèrent à peu près abandonnés à eux-mêmes.

La colonne ennemie en marche sur Montdidier le 17 octobre était forte de trois escadrons, d'une compagnie et de quatre pièces, sous les ordres du major de Funcke; l'infanterie était montée sur des voitures que la cavalerie réquisitionnait le long de la route, de manière à ne pas divulguer le secret de l'expédition. L'ennemi donnait ainsi un nouveau démenti au dicton de la jVoue : « Les armées ne vont pas en poste ». Déjà en 1806, et plus tard, dans son immortelle campagne de 1814, Napoléon avait fait voyager sur des chariots les bataillons de sa garde, leur faisant ainsi doubler ou tripler les étapes. Les élèves du grand Frédéric ne dédaignaient pas les leçons de Napoléon. Dans la plupart de leurs expéditions, ils firent de ce

moyen de locomotion un usage à peu près constant : l'inCanterie montée : die fahremle infanierie y suivait la cavalerie, se conformait à son allure et appuyait ces détachements volants qui accomplissaient dans la même journée des marclies de plus de vingt lieues entremêlées de combats. Parti de Clermont à six heures du matin, le major de Funcke passa par Argenlieu , Tricot et Rubescourt, laissa sur ce dernier point un peloton pour observer les routes de Saint-Just et de Crèvccœur, et arriva en vue de Montdidier un peu avant midi, au moment même où un débat tumultueux s'élevait sur la place publique entre les diverses autorités, au sujet de la défense de la ville. Le sous-préfet ayant destitué le maire et pris seul la direction de la défense , les mobiles furent placés dans deux rues, d'où il leur était impossible de faire usage de leurs armes, tandis que quelques volontaires se déployaient en tirailleurs aux abords de la ville , des deux côtés de la route de Clermont. Du côté de l'ennemi, l'artillerie, s'avançant sous la protection des dragons , s'était mise en batterie sur la route même, à la hauteur du moulin Maréchal, d'où elle enfilait, à une distance très-courte, la rue principale de Montdidier et la place du Marché. Vers midi, elle commença à lancer sur la ville des obus qui portaient à coup sûr. Pendant cette canonnade, qui dura environ une demi-heure, le drapeau parlementaire avait été arboré à l'hôtel de ville et au sommet du clocher de l'église, mais le major de Funcke avait néanmoins continué le feu , dirigeant son tir sur la route d'Amiens, afin d'inquiéter la retraite de nos mobiles. Après avoir brûlé une cinquantaine de gargousses, le major saxon fit son

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