‹ Campagne de 1870-1871Chapitre 43 sur 207 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

entrée à Montdidier; arrivé sur la place publique, il y trouva les membres du conseil municipal, prit six otages parmi eux, et imposa à la ville une contribution de guerre de 50,000 francs. Pendant que l'infanterie brisait le télégraphe, la cavalerie s'était mise à la poursuite des mobiles, qui, pris en tète et en queue, furent en grande partie faits prisonniers : 171 d'entre eux et quatre officiers restèrent aux mains de l'ennemi. Cette courte échauffourée coûta, en outre, la vie à trois habitants inoffensifs ; deux autres furent blessés, ainsi que trois mobiles du Gard. Avant quatre heures, la contribution de guerre ayant été intégralement payée, le major de Funcke évacua Montdidier, enlevant avec lui les armes de la garde nationale.

Ainsi, en suivant dans leurs principales opérations les Saxons du comte de Lippe, nous voyons que dans la Somme, aussi bien que dans la Seine-Inférieure , nos généraux avaient à lutter contre les mêmes difficultés , c'est-à-dire contre l'ingérence des comités de défense et des autorités civiles dans la direction des opérations militaires.

Après ces affaires de Breteuil et de Montdidier, les divers détachements de l'armée d'Amiens furent concentrés autour de la ville, et le général Farre, récemment adjoint au commissaire de la défense nationale dans le nord, va consacrer à leur organisation un temps qui ne sera pas perdu. Le ministre de la guerre paraissait en effet avoir compris la nécessité d'une meilleure organisation de nos forces ; car, le 17 octobre, il rendit un décret qui divisait la France en plusieurs régions, correspondant à de grands commandements. Celui de la région du nord , dévolu au général Bourbaki , comprenait la

3* division militaire , à laquelle on avait joint le département de la Seine-Inférieure et l'arrondissement des Andelys. Le reste de la 2" division, c'est-à-dire les départements situés sur la rive gauche de la Seine, étaient placés sous les ordres du général d'Aurelle de Paladines, qui fut appelé par le même décret au commandement de la région de l'ouest, et presque aussitôt remplacé par le général Fiéreck. Cette répartition des commandements ne faisait que consacrer, en ce qui concernait la Normandie, les divisions précédemment établies par le système de la défense locale ; l'armée de Rouen ne sera rattachée au commandement du général Bourbaki que d'une façon purement nominale; la Seine sépare comme un obstacle infranchissable les divers corps qui opèrent sur ses deux rives; il n'y aura désormais, comme par le passé, aucun lien entre les troupes de la Seine-Inférieure et celles de l'Eure, et ce manque de concert aura dans la suite les conséquences les plus funestes.

Pour compléter la série des mesures prises par lui le 17 octobre, le ministre de la guerre fit le lendemain des mutations et nominations diverses. A Rouen , le général de division comte Gudin fut remplacé par le général de brigade Briand. Dans l'arrondissement du Havre, qui avait été mis en état de siège par décret du 7 septembre, le capitaine de vaisseau Mouchez succéda au colonel Massu, et reçut, pour la défense de la place du Havre, le commandement supérieur des forces de terre et de mer.

Le général Gudin visitait ses avant-postes de l'Andelle, lorsque, dans la nuit du 18 au 11), il reçut le télégramme qui lui annonçait son remplacement;

Page 1