CHAPITRE QUATRIEME
on lui demandait, par la même dépêche, s'il acceptait le commandement de la 10^ division militaire à Montpellier. Bien que vivement affecté d'être enlevé d'un poste où il avait rendu et pouvait rendre encore les meilleurs services , le général répondit que , dans les circonstances critiques où se trouvait la France, un soldat ne pouvait lui marchander son concours , et le ministre de la guerre le remercia immédiatement de cette nouvelle preuve de patriotisme. La délégation de Tours savait en effet que, sur le champ de bataille, le général Gudin , ce volontaire de 1870 qui avait fait ses débuts à Waterloo, soutiendrait dignement l'éclat d'un nom illustre, gravé sur l'arc de triomphe de l'Etoile. Il n'y avait rien à critiquer aux dispositions prises par lui pour la défense de Rouen, dispositions auxquelles ceux qui lui ont succédé n'ont absolument rien changé. Ce vieux soldat, tout à fait étranger à la politique, ne songeait qu'au salut de son pays ; il était entièrement occupé de créer l'artillerie qui lui manquait et d'organiser des troupes, quand il fut tout à coup sacrifié aux répugnances de quelques agitateurs qui passaient leur temps à faire des manifestations loin de l'ennemi.
C'était pour éviter des conflits que le gouvernement de la défense nationale avait réuni dans les mêmes mains les portefeuilles de l'intérieur et de la guerre. Lefsol national se trouvant envahi, il était nécessaire, en effet, que l'autorité militaire primât l'autorité civile; mais c'était précisément l'inverse qui avait lieu; l'état de guerre et l'état de siège n'étaient plus que de vains mots; la passion l'emportait sur la raison, et les délégués du gouvernement se laissèrent dominer
par la multitude, qui réclamait la soumission de l'élément militaire à l'élément civil, et la subordination des généraux aux préfets, aux maires, aux comités de défense. C'est sur ces exaltés qu'il faut faire retomber la responsabilité de nos désastres dans la dernière partie de la campagne. Ils prétendaient appliquer les traditions de la première République, et ils ne nous ont fait voir, hélas! que la misérable parodie de cette grande époque.