‹ Campagne de 1870-1871Chapitre 53 sur 207 · CHAPITRE CINQUIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIEME

troupes aguerries et à même de recevoir des renforts : il se tint strictement sur la défensive dans les positions choisies par son prédécesseur.

Quelques corps francs, las de cette inaction, vont opérer isolément dans la zone qui sépare les deux armées ; ils vont harceler et fatiguer les patrouilles ennemies en leur faisant la guerre de surprises, et ces opérations, sans grands effets meurtriers et sans aucun résultat au point de vue militaire, attireront sur nos campagnes les plus terribles représailles. Les lieux choisis de préférence par les francs-tireurs de la vallée de FAndelle pour dresser leurs embuscades étaient les environs d'Etrépagny et les abords des bois de Doudeauville et de la Héronnière; c'est là qu'ils attendaient d'ordinaire les uhlans de la garde, ces hardis cavaliers qui, partant de Gisors, sillonnaient les environs pour faire leur service d'éclaireurs, achever de désarmer les communes, et surtout, pour réquisitionner des fourrages et du bétail.

Le 19 octobre, vers midi, un détachement de tirailleurs havrais se rendit à Etrépagny dans le but d'empêcher l'ennemi d'enlever des réquisitions qu'il y avait imposées la veille. Embusqués en avant de la ville, près du cimetière, derrière des meiiles de blé, les francs-tireurs saluèrent par une fusillade hors de portée les premiers uhlans qui se présentèrent. Comme il était tard et que les fourrageurs n'étaient pas nombreux, ils ne poussèrent pas plus loin ce jourlà; mais ils ne devaient pas tarder à revenir en force, carie prince Albert, croyant le bourg sérieusement occupé par nous, décida pour le lendemain une expédition à laquelle il fit concourir les garnisons de Gisors et de Magny.

La colonne principale, partant de Gisors, devait s'avancer par la route de Paris; la colonne auxiliaire venant de Magny devait suivre le chemin des Tliilliers à Etrépagny, de manière à aborder de deux côtés à la fois cette dernière position. Etrépagny n'avait alors aucun moyen de défense ; les tirailleurs havrais avaient regagné leur campement dans la soirée du 19. Une centaine de francs-tireurs de Louviers (capitaine Garnier) arrivés à la fin de cette escarmouche, s'installèrent dans le parc du château de M. de Corny, situé dans les bois de la Broche, position qui commande la route de Gisors. Le lendemain, vers huit heures du matin, les trois uhlans légendaires étaient signalés dans la direction de Bézu-Saint-Eloi. Un franc-tireur, ne pouvant résister au désir d'essayer la portée de sa carabine, leur envoya, à près d'un kilomètre, un coup de feu qui n'eut d'autre résultat que de faire connaître à l'ennemi le lieu précis occupé par les nôtres; quelques heures plus tard, le château et le parc de la Broche étaient complètement cernés par les uhlans , qui avaient prévenu la colonne de Gisors et avaient reçu comme renfort un piquet d'infanterie montée et une section d'artillerie. Pour essayer de se reconnaître, le chef des francs-tireurs examinait la position du haut d'un petit pavillon de garde, quand il se trouva brusquement séparé de «a troupe qui s'était jetée dans les bois. Resté avec deux domestiques, dans un grenier dont le canon défonçait la toiture, le capitaine Garnier eut à soutenir un véritable siège. Sommé de se rendre, il répondit par une décharge de son revolver et par les appels de sa trompe, au son de laquelle il essayait de rallier ses hommes et

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