‹ Campagne de 1870-1871Chapitre 54 sur 207 · CHAPITRE CINQUIÈME. lU · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME. lU

qui ne trouvait d'écho que clans les hurrahs prussiens : traqué comme une béte fauve , il n'échappa que par miracle aux balles, aux obus et à l'incendie ; il en fut quitte pour une blessure légère, et après avoir renversé un uhian qui tentait de lui barrer le passage, il put gagner le taillis, rejoindre quelques-uns des siens et, plus tard, le gros de sa troupe qui avait été recueilli dans les bois de Frileuse par les francstireurs des Andelys (capitaine Desestre). Quant aux Prussiens, furieux de s'être laissé arrêter par trois hommes dont deux sans armes, ils dévalisèrent et brûlèrent le château de la Broche; après quoi ils se rendirent à Etrépagny, pillèrent quelques boutiques , et imposèrent à la ville une contribution de quatre mille francs pour la punir d'avoir donné asile à des francs-tireurs.

Deux jours plus tard, le 22 octobre, au moment oij, sur la rive gauche de la Seine, les Allemands étaient repoussés de Villegats par le colonel Mocquard, le prince Albert, pour se mettre en communication avec le général de Redern et l'appuyer au besoin par cette démonstration, avait dirigé sur Vernon un détachement de toutes armes formé par les uhlans du 1" ré-giment de la garde, un piquet d'infanterie montée et une section d'artillerie. Arrivé à Vernonnet, ce détachement se vit arrêté par la Seine, le génie français ayant fait sauter le pont dans la soirée du 14 octobre. De la rive droite l'ennemi héla les bateaux amarrés à l'autre bord et demanda le maire de Vernon : un coup de carabine tiré par un gendarme fut la seule réponse qu'il obtint, ('e fut aussi le signal d'un bombardement : deux pièces braquées sur la route des Andelys, en face de la ca-

serne et du parc des équipages, lancèrent sur la ville une cinquantaine d'obus qui n'y causèrent heureusement que des dommages matériels. Vers deux heures, la colonne ennemie fit demi-tour, sans avoir pris le repas que les habitants de Vernonnet avaient été requis de lui préparer. C'est que, pendant le bombardement, on avait battu le rappel et sonné le tocsin dans les communes voisines. Les Prussiens craignaient que leur retraite ne fut inquiétée; et en effet ils ne purent l'effectuer sans encombre. Un braconnier émérite , des environs de Panilleuse , s'embusqua dans la foret de Vernon, à un coude que fait la route entre la fontaine de Tilly et le castel de Saulseuse, et il attendit là le retour de l'ennemi. Après avoir laissé passer l'avant-garde, il ajusta le cavalier qu'il prit pour le chef de l'expédition, et d'un coup de fusil tiré avec adresse, il lui fit mordre la poussière; puis il prit la fuite, poursuivi par une vive fusillade. Les fantassins mirent pied à terre pour fouiller le bois, tandis que les uhians le cernaient, et ils ne tardèrent pas à rencontrer trois ou quatre autres paysans armés, qui tous firent le coup de feu avec non moins de succès que leur compagnon; chacun d'eux tua ou blessa son homme, après quoi tous s'enfuirent, sauf un seul qui fut pris et paya pour les autres. Ces braconniers avaijent admirablement choisi cet endroit pour attendre l'ennemi : tant il est vrai que la chasse est l'école primaire de la guerre! En dressant leur embuscade loin des cantonnements prussiens et dans une foret où il était difficile d'exercer des représailles, ils avaient donné h certains chefs de corps francs une leçon qui ne fut malheureusement pas suivie, comme on va le voir.

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