‹ Campagne de 1870-1871Chapitre 55 sur 207 · CHAPITRE GIXQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE GIXQUIÈME

Dans la matinée du 24 octobre, quelques francstireurs partis de Alorgny allèrent s'embusquer aux abords du village de Longchamps, tirèrent sur une patrouille ennemie qui débouchait d'Heudicourt , et démontèrent un cavalier. Les uhlans eurent plus de peur que de mal, mais ils résolurent néanmoins de tirer vengeance de cette surprise, et le lendemain, ayant à leur tête le major baron de Korff , ils revinrent en force avec du canon. Les nôtres, de leur côté, prirent leurs dispositions, et le 24 au matin, deux compagnies des francs-tireurs du Nord (commandant Rondot), auxquelles se joignirent des tirailleurs havrais de la S*" compagnie (capitaine Moquet), occupèrent Longchamps et les environs , le hameau de Bifauvel, la ferme d'Entre-deux-Bocs et le bois Lesueur, se plaçant ainsi à cheval sur la route de Gisors à Lyons-la-Forêt. Vers onze heures et demie, la fusillade annonça la présence des Prussiens ; ils mirent aussitôt deux pièces en batterie en avant d'Heudicourt, sur la route de Gisors, et commencèrent une canonnade, heureusement mal dirigée et hors de portée, dont personne n'eut à souffrir; puis leur infanterie entra en ligne à son tour ; les francs-tireurs essayèrent quelque temps de la tenir en échec , mais ils durent abandonner les bois où ils s'étaient embusqués, pour se replier sur Morgny, après avoir eu un homme tué et deux blessés. Cette rencontre coûta en outre la vie à deux habitants inoffensifs, dont l'un gardait des vaches et l'autre gaulait des pommes; elle eut les honneurs d'un ordre du jour du général Bourbaki et d'un bulletin de Tours, bien qu'elle n'eût causé aucune perte aux Prussiens, qui, vers deux heures, reprirent le chemin de Gisors, emmenant à

IIV LA GUERRE DAXS L'OUEST.

leur suite du bétail pris à Longchamps et de nombreuses voitures chargées de réquisitions.

Cependant la nomination du général Bourbaki au commandement supérieur de la région du nord avait été promptement connue du quartier général prussien, qui ordonna au comte de Lippe, chargé plus particulièrement d'observer Amiens , de redoubler de vigilance , de prescrire de fréquentes patrouilles d'officiers , et de renforcer ses détachements de réquisition.

Un de ces détachements , quittant Beauvais dans la matinée du 27 octobre, s'était dirigé sur Marseillele-Pctit, où il passa la nuit , après avoir levé aux environs de très-fortes réquisitions. Il fut rejoint le lendemain par d'autres troupes parties de Beauvais de grand matin, avec de nombreuses voitures, et conduites par le général Senfft, qui venait prendre le commandement de la colonne. Il disposait pour son expédition de trois compagnies du 2* régiment à pied de la garde prussienne , du 18" régiment de uhlans et d'un escadron du 3" dragons saxons avec une batterie d'artillerie; total : environ 1,500 hommes 2t six canons. L'objectif du général Senfft était Formerie, bourg important et station du chemin de fer de Rouen à Amiens. Cette station n'était gardée depuis la veille que par un poste du 3" hussards et par une compagnie (capitaine Dornat) du 5* bataillon de marche, envoyée du Havre et forte d'environ 130 hommes du 19' de ligne.

Dans la matinée du 28 octobre, le général Senfft se dirigeait sur Formerie avec toutes ses forces, et vers dix heures nos vedettes du 3^ hussards se repliaient sur la gare en annonçant l'arrivée de l'ennemi. En

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