CHAPITRE CIXQUIÈME
effet, peu d'instants après, un peloton de ulilans , formant l'avant-garde, traversait rapidement le bourg de Formerie et se portait au trot sur la station. Accueillis par une vive fusillade qui en drmonta plusieurs, les cavaliers saxons n'eurent que le temps de tourner bride et furent vivement poursuivis par nos soldats jusque sur la place du Marché aux bestiaux. Là, le capitaine Dornat se trouva tout à coup en présence de l'infanterie prussienne, qui occupait déjà le côté opposé de la place et qui , postée dans les maisons, le reçut à son tour par un feu des plus nourris. Cette poursuite heureuse avait empêché l'ennemi de déboucher sur la gare, où il nous eût infailliblement écrasés, mais la situation devenait critique. Le capitaine Dornat sut tirer parti de ses faibles ressources; l'entrée de chaque rue fut solidement défendue par de petits postes de quelques hommes, et, grâce à la plus énergique résistance, cette compagnie tint seule en échec, pendant près de deux heures, les forces du général Senfft, et donna ainsi aux renforts le temps d'arriver.
Le 1" bataillon de la garde mobile de l'Oise commandant Cadet) était cantonné depuis plusieurs jours entre Forges et Gaillefontaine ; dans la matinée du 28 octobre, le colonel d'Espeuilles, prévenu de la marche des Prussiens, donna l'ordre aux divers détachements de ce bataillon de se porter isolément sur Formerie. Le premier renfort arrivé sur le lieu du combat, vers midi, venait de Gaillefontaine. Le capitaine Alavoine, qui le commandait, laissa une compagnie à la gare, et se porta aussitôt avec la sienne, la 2% au point le plus menacé. Il y trouva le capitaine Dornat, qui, à la tête d'une poignée d'hommes, luttait
avec la dernière énergie. La rue dont il défendait l'entrée débouche obliquement sur la place de Formerie, dont les Prussiens occupaient le côté opposé, et forme ainsi deux angles inégaux : à droite, l'angle défilé était occupé par les soldats de la ligne ; les mobiles de l'Oise durent prendre une position symétrique et occuper à gauche l'angle découvert. En se démasquant pour traverser la rue à la tête de sa compagnie, le capitaine Alavoine fut blessé et mis hors de combat; mais un certain nombre de ses mobiles, sous les ordres du lieutenant Meneust, puis une section de la 1" compagnie (sous-lieutenant de Thanneberg), purent gagner les maisons, s'établir dans les chambres et prendre part à l'action ; on continua ainsi de se fusiller parles fenêtres, des deux côtés de la place , et les nôtres, bien qu'inférieurs en nombre, soutinrent avec avantage le feu de l'ennemi.
Cependant le général Senfft avait fait mettre son artillerie en batterie sur une petite éminence, à la lisière d'un bouquet de bois, sur la commune de Boutavent; depuis le début de l'engagement, il lançait ses projectiles un peu partout, mais principalement sur le pâté de maisons occupé par nos soldats et faisant face cà la route de Grillon, par laquelle il était arrivé. Les obus dirigés sur Formerie n'y causèrent que des dégâts matériels; les autres, tombant dans des terres détrempées, n'éclataient pas, et les nôtres n'eurent pas à en souffrir. Le principal effet de cette canonnade fut de hâter l'arrivée de nos renforts, qui, vers deux heures, commencèrent à affluer de toutes parts. Ce furent d'abord les autres compagnies du bataillon de marche et celui de la mobile de l'Oise, puis un convoi qui conduisait de Rouen à Amiens de