CHAPITRE CINQUIÈME
l'infanterie de marine, et plus tard enfin, le colonel d'Espeuilles, parti d'Argueil avec deux escadrons de hussards, le 4' bataillon de la mobile de l'Oise et une section d'artillerie. Ces divers détachements, arrivés l'un après l'autre, ne dépassèrent pas la gare de Formerie, supposant sans doute qu'elle était le principal objectif de l'ennemi, et les compagnies Dornat et Alavoine restèrent seules engagées dans l'intérieur du bourg. Sur ces entrefaites, un renfort inattendu, arrivant sur un autre point, allait prendre à l'action une part décisive.
Le général Paulze d'Ivoy , qui commandait à Amiens , avait été informé dans la journée du 27 qu'un détachement s'était présenté à Marseille-le-Petit, avec l'intention probable de détruire la voie ferrée d'Amiens à Rouen. Il dirigea aussitôt sur ce point le 1" bataillon de la garde mobile du Nord (commandant de Lalène-Laprade) , soutenu par une section d'artillerie (lieutenant Joachim), avec la mission de repousser l'ennemi , dont la force était évaluée à 7 ou 800 hommes. Parti d'Amiens avec un train de chemin de fer, le commandant de Lalène-Laprade devait coucher à Poix , en partir de très-bon matin pour Fornierie , et s'établir, avant le jour, dans les bois qui avoisinent cette localité dans la direction de Marseille-le-Petit; il avait l'ordre de se concerter préalablement avec le colonel d'Espeuilles pour prendre l'ennemi entre deux feux et lui couper la retraite. Arrivé à Poix dans la soirée du 27, il s'apprêtait à en partir dans le courant de la nuit, quand, au moment de s'embarquer, il apprit que le train qui l'avait amené était retourné à Amiens. Averti en même temps que des fourrageurs marchaient sur Grandvil-
liers, il partit de Poix entre quatre et cinq heures du matin pour se porter à leur rencontre et réparer ainsi le malentendu ou la faute du chef de train. Ralliant à Equennes deux compagnies de la mobile du Gard, ce qui portait à environ 1,500 hommes la force de son détachement, il arriva vers neuf heures à Grandvilliers, qu'il trouva inoccupé. Là, il accorda quelque repos à sa troupe, et vers dix heures et demie, au bruit du canon qui tonnait vers Formerie , il se remit en marche dans cette direction, passant par Feuquières et Monceaux-l'Abbaye. Arrivé vers une heure à ce dernier point, il détacha environ 500 hommes (capitaine de Lalène-Laprade), avec la section d'artillerie, vers Mureaumont,dans le but de prendre l'ennemi en queue et d'entraver sa retraite, tandis que luimême l'attaquerait en tête. Il continua en conséquence sa marche sur Formerie avec le gros de sa colonne. A l'entrée du village de Bouvresse, les premiers tirailleurs entendirent siffler au-dessus de leurs têtes des balles tirées par un ennemi invisible, puis des obus qui enfilaient la route. Bien qu'inaccoutumés à ce bruit, les mobiles du Nord accentuèrent leur mouvement et s'engagèrent résolument à travers les vergers, les haies et les clôtures. En débouchant de Bouvresse, ils essuyèrent une fusillade serrée partie d'une briqueterie ; ils ripostèrent vivement, et l'infanterie prussienne ne tarda pas à tourner le dos, protégée par un pli de terrain et par le feu de son artillerie. Les nôtres se jetèrent alors dans un petit bois qui s'étend entre la briqueterie de Bouvresse et Formerie. Déconcerté par l'arrivée de ce nouveau renfort qui le menaçait sur son flanc droit, le général Senfft avait donné le signal de la retraite;