CHAPITRE CINQUIÈME
aussi, lorsque les mobiles du \'ord débouchèrent sur la lisière du petit bois qui longe la route de Formerie à Grillon , l'ennemi était déjà hors de la portée des fusils à tabatière. Il était près de trois heures; le bruit du combat allait en s'éloignant et s'affaiblissait rapidement. Le silence s'était fait aux abords de Formerie, mais le canon retentissait encore au delà de Alureaumont, et voici ce qui se passait dans cette direction. La colonne secondaire de la mobile du Nord, qui a- ait été dirigée sur ce point, y arriva vers deux heures et demie sans incident remarquable , et se porta sur Formerie en suivant la route départementale. Mais en débouchant du village, à un coude que forme la route, les mobiles se trouvèrent face à face avec deux escadrons de cavalerie, rangés en bataille à une trèspetite distance; les ennemis semblaient se préparera fondre sur eux, mais ils démasquèrent tout à coup une section d'artillerie mise en batterie au milieu de la chaussée, et les artilleurs chargèrent précipitamment, sans doute pour exécuter un tir à mitraille qui, à une si faible portée, eût été des plus meurtriers. Les nôtres durent se replier et se reformer à l'autre extrémité du village. Ils étaient là depuis quelque temps, lorsque la cavalerie ennemie parut à douze ou quinze cents mètres; elle semblait suivre le chemin de Boutavent à Colagnies. Aussitôt notre artillerie tira sur elle. A un moment où un gros de uhlans était de pied ferme, un obus bien dirigé vint éclater au miHeu des rangs et y jeta le désordre ; ce fut le signal d'une retraite qui s'effectua précipitamment par Campeaux et Songeons. Bon nombre de fantassins de la garde, forcés de changer de direction et de se jeter à la traverse, passèrent dans des terrains détrempés par la
pluie, et y laissèrent leurs bottes, que les habitants l'bahis trouvèrent le lendemain dans leurs champs.
Ce combat, dans lequel les soldats du bataillon de marche et les mobiles du Mord et de l'Oise montrèrent beaucoup de solidité et d'entrain, leur coûta six hommes tués ou atteints mortellement, et une vingtaine de blessés, dont doux officiers, les capitaines Alavoine et Dornat. L'ennemi, de son côté, accusa dix tués, dont un sous-officier de l'infanterie de la garde, et une douzaine de blessés qui entrèrent le lendemain à l'hospice de Beauvais.
Ainsi, grâce à la résistance énergique du capitaine Dornat, qui, avec sa seule compagnie, tint longtemps l'ennemi en respect, luttant dans la proportion d'un contre dix; grâce au concours d'une fraction du 1" bataillon de l'Oise ; grâce surtout à l'heureuse intervention des mobiles du Nord, l'ennemi avait subi à Formerie un échec complet. Arrivé en déroute à Beauvais dans la nuit du 28 au 29, le général SenfTt annonçait à Clermont qu'ayant rencontré l'ennemi à Formerie, il avait été forcé de se replier avec perte : zum Riickziig unter Verlust gezwunrjen '. Il s'attendait à être attaqué par nous ; il s'apprêtait même à évacuer Beauvais, et le détachement de Clermont avait reçu l'ordre de s'apprêter à le recueillir, en se portant par Mouy sur jVoailles, pour occuper le défilé de Silly.
Mais la mobile du Nord s'étant retirée sur Grandvilliers, et le colonel d'Espeuilles se maintenant sur la défensive , le général saxon se remit peu à peu de son émotion, qui fut bientôt complètement dissipée
' Voy. Das k. s. Garde-Reiter Régiment im Feldzuge 1870-1871. Pirna.