‹ Campagne de 1870-1871Chapitre 62 sur 207 · CHAPITRE SIXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIEME

per, il tomba vivant entre les mains des francstireurs; et ceux-ci, sans doute pour honorer le courage de leur prisonnier, lui décernèrent une ovation.

Chassés le matin, les uhlans revinrent l'après-midi rôder dans les environs d'Etrépagny, et la municipalité fut prévenue dans la soirée que cette ville gênait les mouvements des Prussiens, qu'ils l'avaient marquée au crayon rouge sur leurs cartes et devaient en faire un exemple le lendemain. La commission municipale résolut de se défendre , et plusieurs délégués partirent dans la nuit pour aller demander des secours aux autorités civiles et militaires. Sur les instances du sous-préfet des Andelys , le lieutenant-colonel de la mobile de l'Oise consentit à envoyer en reconnaissance, dans la direction d'Etrépagny, le 2"- bataillon de son régiment (commandant Labitte), alors cantonné à Fresne-l' Archevêque. De son côté, le lieutenant-colonel Laigneau, prévenu pendant la nuit par l'adjoint d'Etrépagny, donna des ordres pour qu'on réunît à Ecouis diverses troupes dont il devait prendre lui-même le commandement.

Mais le jour allait poindre avant que ces ordres fussent transmis, et, à cette heure, les Prussiens étaient déjà partis de Gisors. A la grande surprise des rares habitants d'Etrépagny qui n'avaient pas émigré , l'ennemi traversa cette ville sans s'arrêter, y laissant seulement une centaine de fantassins pour en garder les issues; après quoi le reste du détachement , fort en apparence de 5 à 600 hommes , infanterie et cavalerie, avec deux canons, poursuivit sa marche sur le Thil. Les mobiles de l'Oise, de leur côté, partis en reconnaissance, traversaient ce dernier village vers sept heures du matin; marchant

d'assurance, ils ne se doutaient nullement du voisinage aussi rapproché de l'ennemi, quand, en sortant du Thil, ils se trouvèrent tout à coup face à face avec les uhlans, qu'ils saluèrent d'une décharge. Les Prussiens, qui ne négligeaient jamais d'éclairer leur marche, avaient reçu l'avis de la présence des mobiles, avis malheureusement venu de chez nous; ils étaient sur leurs gardes. Leur cavalerie s'était mise en bataille au lieu dit le Plant-Pinchon , et l'artillerie avait pris position près de la Garenne, tandis que l'infanterie s'avançait par le chemin de Doudeauville. Après avoir couvert le Thil d'une centaine d'obus qui n'y occasionnèrent que l'incendie d'une ferme, les Prussiens, n'éprouvant aucune résistance, se ruèrent sur le village. Les mobiles de l'Oise surpris, s'étaient enfuis aux premiers coups de canon ; d'autres, en assez grand nombre, s'étaient réfugiés dans les maisons, où soixante-sept d'entre eux furent faits prisonniers. Un réfugié d'Etrépagny, sur le simple soupçon qu'il pouvait bien être un franc-tireur déguisé, fut impitoyablement fusillé ; deux habitants du Thil furent blessés ; après quoi les Prussiens s'occupèrent de lever des réquisitions.

Cependant le colonel Laigneau, à la tête de ses chasseurs , était arrivé dans la matinée à Ecouis, où il avait rallié plusieurs détachements de mobiles et deux sections d'artillerie. Vers onze heures, il arriva en vue du Thil, sur les hauteurs du Haut-Cruel, où il avait été précédé par quelques compagnies franches. A la vue de notre colonne, forte de plusieurs milliers d'hommes, qui se déployait à droite et à gauche de la route , l'ennemi s'empressa de faire partir ses prisonniers et ses réquisitions sous l'escorte

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