CHAPITRE SIXIÈME
liers d'avant-garde, le pistolet au poing, venaient de traverser Gommccourt, lorsque, dans les bois qui séparent ces deux communes, ils essuyèrent, vers dix heures du matin, des coups de feu qui blessèrent grièvement un des leurs et mirent les autres en fuite. C'étaient des gardes nationaux de Limetz, Gommecourt, Giverny et autres communes avoisinantes qui, exaspérés par les réquisitions, s'étaient armés et organisés pour faire la chasse aux fourrageurs.
Dans la matinée du 4 novembre, les uhlans, revenus plus nombreux à Gommecourt, furent reçus de la même façon ; ayant eu de nouveau un cavalier blessé dans cet engagement, ils prirent leurs dispositions pour fouiller les taillis d'où étaient partis les coups de feu ; mais ils ne trouvèrent qu'un paysan inoffensif qui arrachait des pommes de terre sur la lisière du bois; ils blessèrent ce malheureux et l'achevèrent à coups de lance avec un acharnement que rien n'explique , si ce n'est peut-être la montre qu'il portait et dont il fut dépouillé. Le même jour, vers midi, les Prussiens poussent jusqu'à Limetz, qu'ils fouillent de fond en comble , mettent le feu à plusieurs habitations et se replient vers Magny.
Dans l'après-midi du 6 novembre , les uhlans du même régiment se dirigent de nouveau sur Gommecourt. Une soixantaine de gardes nationaux les attendent, postés dans les bois qui longent la route d'Aménucourt; ils blessent un sous-officier et un uhlan,font, en outre trois prisonniers et capturent quatre chevaux.
Le 9, les Prussiens revinrent en force, au nombre d'environ 300, infanterie, cavalerie et artillerie, fouillèrent les bois sans succès, lancèrent des obus sur la Roche-Guyon et tuèrent un idiot qui s'avançait
bravement à leur rencontre avec un fusil hors de service. Gommecourt en fut quitte heureusement pour des menaces d'incendie et un surcroît de réquisitions ; en outre, les habitants furent contraints de reconduire en voiture le détachement d'infanterie. Le 3 et le 4 novembre, l'ennemi s'était également montré aux environs de Forêt-la-Folie et de Guitry; à cette dernière date, une patrouille de quelques uhlans avait été reçue à coups de fusil par des francs-tireurs et des habitants de Foret, qui, embusqués derrière des silos de betteraves, démontèrent un cavalier. Le lendemain de l'affaire du Thil , les Prussiens, comptant désormais sur l'impunité, envoyèrent de Gisors et de Alagny, dans les directions de Alouflaines et de Fontenay, des reconnaissances de toutes armes , dont les forces réunies pouvaient s'élever à environ 1,000 à 1,200 hommes avec quatre pièces d'artillerie. Le 7 novembre, dès le matin, le détachement de Gisors arrivait à Alouflaines, celui de Alagny à Fontenay, puisa Tourny, et, dans ces trois communes, les Prussiens se livraient à des actes de désordre et de pillage. Une patrouille de uhlans, envoyée de Fontenay sur Guitry et Forêt, essuya près de ce dernier village quelques coups de feu qui lui blessèrent un cheval et la firent rétrograder précipitamment. Sans punir cette agression, les Prussiens s'apprêtaient à regagner leurs cantonnements, lorsque, vers dix heures, une vive fusillade se fit entendre sur la lisière des bois de la Couarde qui sont situés sur le territoire de Guitry, entre cette commune et celles de Alouflaines et de Foret, l oici ce qui s'était passé. Un peloton de cavalerie, allant de Alouflaines à Guitry, suivait la route d'Etrépagny