‹ Campagne de 1870-1871Chapitre 65 sur 207 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

à Vornon; il longeait des bois à l'extrémité desquels s'était embusqué une section de Irancs- tireurs de la guérilla rouennaise (capitaine Buhot) et quebjues habitants de Forét-la-Folie. Arrivés à environ trois cents pas de l'embuscade, les uhlans essuyèrent une décharge qui blessa un des leurs et força les autres à tourner bride. Le détachement de Alouflaines demanda du renfort à ceux de Fontenay et de Tourny; et, peu de temps après, l'infanterie prussienne arrivait et fouillait les bois. Après avoir tenu quelque temps les tirailleurs ennemis en respect, les francstireurs et les gardes nationaux sont forcés de céder le terrain; ils battent en retraite, sautant les haies, escaladant les murs et se sauvent en traversant Forétla-Folie. Les fantassins prussiens se mettent à leur poursuite ; ils les ont vus franchir les murs de l'habitation de l'adjoint au maire, et ce malheureux est massacré sans pitié sous les yeux de sa fille , au moment où il ouvre sa porte aux assaillants. Un garde-chasse, pris les armes à la main , est criblé de balles et lardé de coups de baïonnette; mais lui, du moins, a fait le coup de feu et meurt en soldat après avoir vendu bravement sa vie '.

Pendant que ces scènes cruelles se passent àForêtla-Folie, le village de Guitry, d'oii n'est partie aucune provocation, est ensanglanté par une boucherie horrible. Le maire, M. Besnard, menacé plusieurs fois d'être fusillé, n'échappe à la mort que par son sangfroid, et en est quitte pour voir son habitation incendiée sous ses yeux ; mais , moins heureux que lui , huit habitants qui reviennent des .champs sont arrêtés et

* V. Dehais : L'Invasion prussienne dans V arrond. des Andehjs. Evreux.

égorgés un à un. L'écrivain qui , dans un émouvant récit, a le premier retracé ces scènes sanglantes, en a justement flétri les auteurs '. Il n'y a qu'un mot dans la langue française pour qualifier de tels actes, ce sont des assassinats.

On a recherché les causes de la folie furieuse des Prussiens; il n'y en a qu'une seule, c'est l'ivresse causée par le pillage des caves du château de Beauregard. Quelques-uns ont prétendu que l'ennemi avait suhi des pertes considérables, et que c'était là le motif de son exaspération et de ses représailles. La vérité est que, dans toute cette journée, il n'eut qu'un homme blessé; c'était un sous-officier du 3* régiment des uhlans de la garde, qui reçut une décharge de plomb de chasse, et on a vu plus haut que le garde particulier Laine, auquel on peut attribuer ce coup de fusil, l'avait payé de sa vie.

Les Prussiens connaissaient probablement, dès le 6 novembre, l'insuccès des démarches relatives à l'armistice , et cette nouvelle n'a peut-être pas été étrangère à la rage qu'a montrée l'envahisseur en continuant les hostilités. En province, la rupture des négociations ne fut connue que dans la soirée du 7; ces tentatives avaient été une nouvelle cause de démoralisation ; car, faire des ouvertures pour arriver à la paix, c'était avouer que notre état était plus que désespéré. Néanmoins les doutes avaient disparu, la situation était nette, et tant que Paris tiendrait, la France devait songer à se défendre. On savait que, par suite de la chute de Metz , les Allemands disposaient de forces considérables qu'ils allaient lancer

ï V. Ernouf : Souvenirs de l'invasion prussienne en \ormandie. Rouen.

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