CHAPITRE SEPTIÈME
dans ces diverses escarmouches, les hussards des 10' et 11'' régiments avaient eu trois ou quatre hommes tués, hlessés ou prisonniers.
Les Prussiens s'imaginèrent qu'ils avaient enfin trouvé l'armée de la Loire qu'ils cherchaient depuis Coulmiers; ils supposèrent, en outre, que les troupes du général Fiéreck et celles du général Briand avaient bien pu se réunir à cette armée pour former son aile gauche ou son avant- garde et frapper avec elle un grand coup dans la direction de Versailles. Les deux hypothèses étaient admissibles, dit un officier supérieur du grand état-major prussien, qui prêtait à nos stratégistes d'alors des conceptions dont ils étaient malheureusement incapables.
Et cependant c'était bien là le point faible et le défaut de la cuirasse allemande. Les positions occupées par nos corps de la vallée de l'Eure se trouvaient à une distance moyenne de soixante kilomètres de Versailles. Salbris et Blois, choisis comme points de concentration pour l'armée destinée à débloquer la capitale, en étaient éloignés de sept à huit étapes, et, après la reprise d'Orléans, on en était encore à cinq journées de marche. En laissant notre 15^ corps sur la Loire avec la mission d'occuper le grand-duc de Mecklembourg, on pouvait concentrer sur la ligne de l'Eure le 16" corps et les noyaux qui ont servi plus tard à former les autres, les meilleurs éléments de la région de l'Ouest, et l'armée du Nord, qui allait bientôt s'affirmer d'une façon sérieuse; puis, au moyen des chemins de fer d'Amiens, du Havre, de Cherbourg et de Granville, on pouvait jeter sans peine, sur la ligne de Vernon à Pacy-sur-Eure et à Dreux, une armée de combat de plus de cent mille
hommes, facilement raiitaillable, ayant son aile gauche appuyée à la Seine, et n'étant plus menacée en flanc par la marche du prince Frédéric -Charles. C'était le moyen le plus simple, le plus expéditif et peut-être le meilleur pour réunir nos forces en un seul faisceau.
En choisissant cette base d'opération, on menaçait directement le grand quartier général et le parc de siège allemands; en deux étapes, ce qui est à considérer avec des troupes jeunes et peu propres aux entreprises de longue haleine, on engageait l'action décisive sous les murs de Versailles , du côté même où l'armée de Paris, protégée par la boucle de la Seine et les feux du Alont-Valérien, avait le plus de fficilités pour opérer une grande sortie, et où elle l'opéra plus tard dans de tout autres conditions, lorsqu'elle tenta son dernier et suprême effort. Une marche avec un objectif si rapproché, une bataille livrée dans de telles conditions, à la suite du succès de Coulmiers, dont la nouvelle arrivait alors à Paris et réchauffait tous les courages, auraient donné à l'armée de secours et à l'armée assiégée un élan irrésistible, et auraient forcé les Allemands à lâcher prise devant la capitale. En admettant, d'ailleurs, que celte tentative eût échoué, rien ne pouvait nous arriver de pire que ce qui nous attendait plus tard.
C'était peut-être, la fortune aidant, l'unique chance qui nous restait. Les Allemands craignaient cette combinaison, et l'officier supérieur du grand état-major prussien que nous avons cité plus haut, avoue qu'à cette époque une attaque par l'ouest avait les plus grandes chances de réussite : So halle die feindliche Offensive die grossie Aiissicht auf Erfolg , wenn sie von