‹ Campagne de 1870-1871Chapitre 78 sur 207 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

premier disposait de treize bataillons, de neuf escadrons et de six batteries , en tout treize à quatorze mille hommes et trente-six canons; le second avait sous ses ordres neuf" bataillons, trente-six escadrons et quatre batteries, total une douzaine de mille hommes et vingt-quatre pièces d'artillerie.

Le 17 novembre, à neuf heures du matin, le général de Treskow arrive de Maintenon à Nogent-le-Roi ai'ec le gros de sa division. Il lance aussitôt son avant-garde sur Dreux , en longeant la rive gauche de l'Eure, et envoie en même temps une patrouille sur la rive droite de cette rivière, pour se mettre en communication avec la 5® division de cavalerie et la landwehr de la garde. Depuis son départ de Maintenon, un escadron de hussards flanque sa marche sur sa gauche, passant par Néron, Ormoy, le Boullay- Alivoye, et se portant, par Marville, dans la direction du hameau d'Imbermais. Le général ennemi paraît d'abord avoir l'intention de passer la rivière de l'Eure entre Villemeux et Ecluzelles, pour donner la main au général de Rheinbaben; mais en présence de la difficulté et du danger qu'il y aurait à franchir cette étroite vallée si près de nos cantonnements, il renonce à ce projet. C'est pourquoi il fait appuyer sur sa gauche le gros de sa division, pour gagner la route de Dreux à Chartres, en se dirigeant de Chaudon sur Alarvillc. Vers une heure et demie, il occupe les positions suivantes : son avant-garde est à Charpont, et le gros de sa division un peu au nord de Marville ; un de ses bataillons occupe Blainville et sa brigade de cavalerie se tient au sud de ce village.

Tandis que le général prussien prenait ces dispositions, on ignorait à Dreux sa présence aussi rap-

prochée, bien qu'à ce moment quelques coups de feu eussent déjà été tirés par nos avant-postes sur une patrouille de uhlans aux environs de l'église de Luray. Sur des avis annonçant l'arrivée de l'ennemi à Nogent-le-Roi, le général du Temple s'était contenté de doubler les grand'gardes et de l'aire occuper le Luat et les petits bois de Vernouillet par des compagnies de fusiliers-marins. Le reste de ses troupes s'occupait de distributions ou s'apprêtait pour des manœuvres, lorsque, vers deux heures, la fusillade se fit entendre sur les hauteurs de Rieuville. Bientôt la canonnade éclata dans la même direction, et, comme les nôtres n'avaient pas d'artillerie, il devenait évident que nos avant-postes étaient attaqués. Aux premiers coups de feu, le général du Temple s'était porté à environ un kilomètre de Dreux, à l'embranchement des routes de Chartres et de Chateauneuf, où se trouvaient deux compagnies de marins (lieutenants de vaisseau Servan et Lemercier-Moussaux); il vit tout de suite qu'il avait affaire à des forces considérables, et ses troupes furent aussitôt réparties dans les positions que nous avons précédemment indiquées.

Voici ce qui s'était passé sur la route de Chartres, où se trouvait le gros de la 17^ division, sous les ordres du général- major de Kottwilz. Les premiers éclaireurs ennemis venus pour fouiller le pays, ayant essuyé des coups de feu sur la lisière du bois de Ghambléan , s'étaient aussitôt repliés sur Blainville ; peu après, une batlerie à cheval, appuyée par deux escadrons du 11' uhlans, sous les ordres du colonel comte de Solms-Wildenfels, prenait position dans la plaine et couvrait d'obus le hameau et les bois de

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Chambléan; en même temps deux compagnies du 89® régiment de grenadiers mecklembourgeois, parties de Marville, pénétraient dans Imbermais, après avoir contourné ce hameau à l'est et au sud. C'étaient les deux bataillons isolés, placés à la droite du général du Temple, qui allaient essuyer le premier choc. Le commandant Bréqueville, du 2' bataillon d'Eureet-Loir, cantonné à Tréon et au hameau de Fort-Ile, avait rassemblé à la hâte ses compagnies et était parti à leur tête, avec l'intention de cerner à Imbermais le faible détachement dont la présence lui avait été signalée; mais, dans le même moment, le lieutenantcolonel de Boehn , à la tête du bataillon de fusiliers du 76® régiment hanséatique ', s'y dirigeait de son côté ; et lorsque les mobiles débouchèrent des bois sur un front peu étendu et par un mauvais chemin de traverse, leur tête de colonne fut accueillie par une fusillade meurtrière partie des murs crénelés d'une ferme d'où les Mecklembourgeois tiraient à l'abri. Les nôtres se rejetèrent aussitôt sur la lisière des bois et, bien que surpris par cette attaque, ils ripostèrent énergiquement ; mais, au bout d'un quart d'heure, les renforts du lieutenant-colonel de Boehn entrèrent en ligne, et les mobiles, ayant perdu leur chef de bataillon, furent forcés d'abandonner le terrain. Dans ce court engagement, la compagnie d'Eure-et-Loir, qui formait l'avant-garde et qui seule avait pu se déployer, eut douze hommes tués et sept blessés^. Les autres compagnies furent ralliées, ramenées à Tréon, et prirent position sur la rive gau-

* Voy. Dus 2"= hanseatische in/anferie-Regiment n" 7G. Hamburg.

* Voy. Hanquet, Rapport sur le combat de Tréon. Chàteaudun,^

che de la Biaise sans être inquiétées par l'ennemi, qui, ayant atteint son but, se rabattit sur sa droite pour continuer à fouiller le terrain.

Le bois de Chambléan était occupé par une compagnie du 4^ bataillon d'Eure-et-Loir (commandant de Castillon de Saint- Victor); pour l'en déloger, l'ennemi fit avancer une batterie, et les obus forcèrent bientôt les nôtres à repasser la Biaise, dans la direction de Garnay, vivement poursuivis par le lieutenant-colonel de Boebn, qui occupa le défilé.

Une autre compagnie du môme bataillon, établie de grand'garde dans le bois des Cinq-Chênes, essaya de s'y maintenir malgré la disproportion du nombre; mais le major de Koppelow, avec un demi-bataillon du 89% s'avança sous la protection d'une batterie par la ferme des Yeux-Bleds sur l'Epinay, et, retranchés derrière les murs crénelés de ce hameau, les grenadiers mccklembourgeois refoulèrent les mobiles sur la route de Chateauneuf et le bois de Marmousse. De cette nouvelle position, les nôtres dirigèrent encore sur l'ennemi, qui débouchait de l'Epinay, une fusillade soutenue; mais, assaillis de nouveau par les obus , ils se virent bientôt contraints d'abandonner ces bois à l'ennemi. Dans ces divers engagements, les 2* et 4' bataillons d'Eure-et-Loir avaient eu dix-huit hommes tués, dont deux officiers, le commandant Bréqueville et le capitaine Roche, dix-sept blessés et huit prisonniers ou disparus.

Tandis que sur notre droite les mobiles d'Eure-et- Loir étaient ainsi rejetés au delà de la Biaise, le colonel de Alanteuffel, à la fête de l'avant-garde, s'était avancé sur notre gauche de Charpont jusqu'au village de Luray, qu'il trouva dégarni; vers trois heures

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