‹ Campagne de 1870-1871Chapitre 80 sur 207 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

sa droite et à la même hauteur son artillerie. Cependant le général du Temple avait appelé à lui deux autres compagnies de fusiliers, conduites par le lieutenant de vaisseau Picot; nos marins s'embusquent dans un petit bois qui borde la route de Chartres, un peu en arrière de Nuisement; sur l'ordre de leurs chefs, ils laissent approcher, sans tirer, les premiers cavaliers ennemis; le commandant du 2' bataillon du 89' régiment mecklembourgeois, qui forme la tète de colonne, croit ces bois inoccupés et marche d'assurance; mais, arrivé à environ deux cents pas, il s'aperçoit de sa méprise, et, se retournant vers sa troupe, il fait commencer le feu; nos marins y répondent par une décharge meurtrière; tous les Alecklembourgeois tourbillonnent et tombent; les uns sont mortellement atteints et mordent la poussière; la chute des autres n'est qu'une ruse : ils attendent, pour se relever, que leur artillerie les ait dégagés. L'aplomb de ces trois ou quatre cents hommes qui attendent de pied ferme le gros d'une division frappe l'ennemi d'étonnement; le général de Treskow voit bien qu'il a affaire à des troupes solides et bien commandées r Dass man es hier mit einer tilchtigen und fjut cjefuhrten Truppe zu t/mn habe\ Pour vaincre leur résistance, il fait avancer deux batteries et couvre le bois de projectiles; pendant vingt minutes, nos marins combattent sous une véritable pluie de fer et de plomb. Heureusement ce tir, mal dirigé, passe au-dessus de leurs têtes, et le général du Temple, qui est à cheval au premier rang, essuie, sans être atteint, plusieurs

^ V. Fischer. Die 17. Infanterie-Division im Feldzuge iS70-7i.. Berlin.

coups de mitraille. Sur notre gauche, une autre batterie établie près de Nuisement canonne à outrance no» troupes en retraite sur Rieuville. C'est en vain que de ce côté le commandant de Labarthe, de la garde mobile du Calvados, essaye, par un retour offensif, de regagner le terrain perdu ; c'est en vain que nos énergiques marins, auxquels leurs chefs donnent l'exemple, veulent prolonger la lutte malgré les pertes sérieuses qu'ils ont subies; le général de Malherbe, accouru de Nonancourt au bruit du canon, juge la résistance désormais impossible, et donne le signal de la retraite. Il est quatre heures et demie; c'est assez d'avoir tenu en échec pendant plus de deux heures des forces doubles des nôtres et une nombreuse artillerie, à laquelle nous n'avons à opposer que de mauvais fusils. Nos troupes se rallient sur le talus du chemin de fer et se replient sur Nonancourt, pendant que l'ennemi se masse sur les hauteurs de Rieuville. Le général du Temple forme l'arrièregarde avec son bataillon de fusiliers-marins, qu'il est forcé d'arracher au combat : la contenance de cette belle troupe en impose tellement à l'ennemi, qu'il n'ose la poursuivre ni môme la suivre , et se borne à saluer son départ par des hurrahs de triomphe. Le général de Treskow paraît si impressionné, qu'il ne veut pas faire son entrée à Dreux avant de s'être assuré de sa complète évacuation par nos soldats. Il fait mander le maire à l'entrée de la ville, et quand, sous la menace d'un bombardement, il a obtenu de lui l'assurance que le dernier des défenseurs en est parti, il la fait occuper par son avant-garde, attendant la nuit pour y entrer lui-même.

Dans cette journée, les pertes de l'ennemi, consta-

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