CHAPITRE SEPTIÈME
Valérie ennemie une mêlée terrible et un combat corps à corps sans trêve ni merci. Un instant dégagés, nos soldats croient à l'arrivée d'un renfort; ils ont aperçu sur leur gauche une troupe d'infanterie ; mais, hélas! ce sont les landuehriens du général de Loën, dont ils essuient les décharges, puis un second escadron qui les attaque plus vivement encore que le premier. Chacun des nôtres soutient, à lui seul, un combat. Dans un bouquet de bois, près de Berchères, le lieutenant des francs -tireurs, entouré de quelques hommes, résiste avec énergie aux assauts successifs des cavaliers; un officier des uhlans hanovriens,le second lieutenant de WedellI, l'aperçoit et s'apprête à le charger; mais le terrain est détrempé, les abords sont difficiles, les uhlans hésitent : « Que les braves me suivent « , s'écrie leur chef, et , le sabre levé, il se précipite à la tête de ses cavaliers, lorsque, arrivé à dix pas du lieutenant Vivier, qui le tient en joue , il tombe pour ne plus se relever, la poitrine traversée par une balle. Au même moment, un coup de feu étend sur le carreau l'officier des francs-tireurs , et sa victime , touchée de tant de bravoure, défend aux uhlans de l'achever. A l'exemple du lieutenant Vivier, chacun de nos soldats accomplit des prodiges de valeur; mais il n'en reste plus debout que trois ou quatre, qui luttent d'un suprême effort près d'un bouquet de bois, aux abords du cimetière de Berchères, à l'endroit même où s'éleva plus tard le monument consacré à leur mémoire; ils s'y font tous tuer en combattant jusqu'au dernier soupir : bis zum letztem Athemzucje ^ Pendant
* Voy. Erlebnisse des i. hannover, Vlanen-Regiments n° 13. Hannover.
ce temps, le capitaine Houdellierre , séparé de sa troupe, avait échappé comme par miracle à plusieurs feux de peloton, après avoir été longtemps poursuivi et traqué dans les bois comme une bete fauve.
Dans cette mêlée, il n'y eut en réalité d'engagés que vingt-sept francs-tireurs, douze mobiles et quelques gardes nationaux, en tout moins de cinquante hommes, et la preuve de l'énergie qu'ils déployèrent se trouve dans les pertes mêmes qu'ils subirent : treize d'entre eux furent tués ou mortellement atteints; vingt-trois autres criblés de blessures; les francstireurs survivants en comptent ensemble plus de cent, et un mobile de l'Ardèche reçut à lui seul dix-sept coups de lance. L'acharnement des uhlans hanovriens s'explique jusqu'à un certain point par la mort d'un de leurs officiers et la perte de quelques-uns de leurs camarades; mais rien ne saurait justifier la cruauté de l'infiinterie prussienne, qui n'eut que trois ou quatre blessés, et qui déshonora encore cette journée par de nombreux assassinats. Le combat terminé, les landwehriens du 2^ régiment de grenadiers de la garde entrent à la ferme de la Ville-l'Evêque, où les mobiles s'étaient arrêtés le matin, traînent le malheureux fermier et trois ouvriers inoffensifs dans un champ voisin et les y massacrent sans pitié; puis, avant de rentrer dans leurs cantonnements, ils égorgent froidement, à la ferme de la Mare, neuf habitants sans armes qui n'ont pris aucune part à la lutte. Triste et hideuse boucherie, qu'un auteur allemand n'a pas craint de présenter comme une charge à la baïonnette : die Garde-Landivehr greiftmit dem Bajonet die linke Flanke an '.
' V'oy. Ililtl : Der franzôsisc/ie Kricg. Biclefeld et Leipzig.