CHAPITRE SEPTIEME
de Saint-Vincent, sur les deux bouquets de bois qui commandent le défilé, et aussi sur le nord du village de Torçay, qui lui paraît plus accessible, Fontaine-les-Ribouts étant en son pouvoir. Un instant, notre ligne de tirailleurs cède le terrain de ce côté, et déjà les fusiliers ennemis couronnent la crête du ravin; mais, aussitôt, notre seconde ligne de tirailleurs va renforcer la première, et ce retour énergique rejette les Allemands dans les bois. Néanmoins, malgré leur bravoure, nos soldats auraient été tous cernés et pris sans plusieurs circonstances fortuites auxquelles ils durent leur salut.
Le général de Wittich voulait attendre et rallier à Châteauneuf la brigade d'Heuduck ; il se rendit même à Thimert, où se trouvait en ce moment le grandduc de Mecklembourg, pour lui faire part de son intention ; mais il reçut de lui l'ordre de continuer sa marche sur Digny avec le reste de sa division et la cavalerie de Schmidt, sans attendre l'issue du combat de Torçay. Ce danger conjuré sur leur droite, les nôtres échappèrent également au danger, non moins grand, qui les menaçait sur leur gauche. Le général de Treskow, qui marchait de Dreux sur Brezolles, était arrivé à peu près à mi-chemin, lorsque, vers midi, à la hauteur des Ormes, il entendit la fusillade qui éclatait entre les routes suivies par sa division et celle du général de Wittich ; il se berça de l'espoir de nous avoir complètement cernés : Zu der Hojfnung berechtigt war den Feind vollkommen eingeschlossen zu haben '. Aussitôt il lance son avant-garde, composée de trois bataillons et d'une batterie, ainsi que sa bri-
* V^ Fischer: Die 17 . 1/i/anlerie-Division im Feldzuge iS70~7i, Berlin.
gade (le cavalerie, jus<|u'au sud de Boutry. De là, une reconnaissance du 18^ de dragons se dirige sur Fonlaine-les-Ribouts pour tâcher de se mettre en communication avec la division de Wittich; mais elle est reçue à coups de fusil par les fantassins du 94" régiment, qui s'imaginent avoir affaire à nos propres cavaliers. Les dragons, de leur côté, ayant eu un homme tué et cinq blessés dans cette rencontre, croient que le village est occupé par nous et s'abstiennent de renouveler leur tentative.
Cependant, vers deux heures, le commandant Laflaquière, complètement isolé, sans autre secours que celui du brouillard qui cachait la faiblesse de son effectif, et voyant ses munitions presque épuisées, dut se résoudre à opérer sa retraite. 11 replia ses tirailleurs sur les ailes , afin de démasquer les petites réserves du village dont le feu nourri tint l'ennemi en respect, et, vers trois heures, il évacua Torçay et gagna Blévy avec ce qui lui restait de son bataillon, sans être autrement inquiété que par quelques rares coups de fusil. Cette retraite fut d'ailleurs couverte, jusqu'au dernier moment, par une section (sous-lieutenant Puginié) dont les hommes furent en grande partie tués, blessés ou pris.
De Blévy, le commandant Laflaquière dut se porter plus en arrière, à Maillebois, où il apprit l'occupation de Saint-AIaixme et de Jaudrais par l'ennemi ; il se retira ensuite sur Brezolles, passant ainsi impunément devant tout le front de la division de Treskow, puis sur Verneuil , d'où il rejoignit plus tard le colonel Alarty.
Dans le combat de Torçay, le 2* bataillon du 36* de marche avait perdu trente-sept hommes tués, quatre-