CHAPITRE SEPTIEME
La brigade de Redern , de son coté, ne cessait d'observer nos avant-postes dans cette direction, et les mobiles de l'Ardèche et de l'Eure, les francs-tireurs et les gardes nationaux tiraillèrent presque toute la journée h Boissy-AIauvoisin, à Gilles, à Garennes et à Saint-Ouen-de-AIarchefroy, où les hussards du 17* régiment de Brunswick perdirent deux hommes, dont un sous-officier.
A Marcilly , l'engagement de la veille recommença entre les gardes nationaux du pays et des environs, appuyés par les francs- tireurs de la Gironde et du Puy-de-Dôme, et la brigade de Barby qui descendait levai de l'Eure. Mieux renseignés cette fois, les Prussiens, débouchant par Louye, Saint-Georges et les Alains, attaquèrent sur plusieurs points. Un instant cernés, les nôtres réussirent à s'échapper sans trop de pertes. Marcilly fut alors occupé et pillé par les Prussiens, qui se dirigèrent ensuite sur Croth. Alais ils rencontrèrent à mi-chemin deux compagnies de mobiles de l'Ardèche, qui, accourues au bruit du combat, les arrêtèrent court dans la plaine de Roseux et les forcèrent à regagner Dreux vers quatre heures du soir. Cette rencontre nous coûta trois hommes tués et quelques blessés ou disparus. Du côté de l'ennemi, un dragon du 19' régiment oldenbourgeois et plusieurs landwehriens du 1" régiment de la garde furent plus ou moins grièvement blessés.
Sur la route de Verneuil, quelques coups de feu furent encore échangés entre notre arrière-garde et les patrouilles du général de Bredow; là un sous-officier et quelques dragons du 13' régiment de Schleswig-Holstein furent tués ou blessés en cherchant à ramasser nos traînards.
La marche des Allemands de Chartres sur Dreux avait causé en Normandie, et surtout sur la rive gauche de la Seine, une alerte des plus vives; on se figurait que le grand-duc de Mecklembourg, agissant de concert avec le général de Manteuffel, dont nous suivrons la marche dans le prochain chapitre, avait Rouen pour objectif; aussi, lorsque la présence de l'ennemi fut signalée à Nonancourt et à Marcilly, l'émotion redoubla dans le département de l'Eure. Evreux, dont la route se trouvait ainsi complètement libre, n'avait, pour toute garnison, qu'un peloton de chasseurs à cheval, servant d'escorte au général , quelques gendarmes et un dépôt de mobiles convalescents, lorsque le 19 novembre, vers quatre heures de l'après-midi, les premiers éclaireurs ennemis arrivèrent à l'entrée de la ville. C'était une forte reconnaissance de la brigade de Bredow, formée de détachements du 1^ cuirassiers, du 13" dragons et du V' régiment de la landuehr de la garde avec une section d'artillerie. Après avoir pris position sur les hauteurs de la Madeleine, les Prussiens détachèrent des patrouilles qui avaient pour mission de détruire la voie ferrée; mais elles furent reçues à coups de fusil et dispersées par les employés de la gare, aidés de quelques gardes nationaux. A Evreux, comme sur la plupart de nos lignes, le personnel du chemin de fer comptait beaucoup d'anciens militaires qui redevenaient soldats en présence de l'ennemi. L'attitude énergique de ces employés est d'autant plus méritoire, que les Prussiens, surtout ceux de la brigade de Bredow, comme on l'a vu tout à l'heure à Nonancourt, ne manquaient pas d'exercer sur eux, même sans provocation, les plus cruels traitements. Ne s'atlen-