CHAPITRE SEPTIEME
dant sans doute pas à cette résistance, et ayant, d'ailleurs, atteint le but de sa reconnaissance, l'ennemi reprit aussitôt la route de Dreux et couvrit sa retraite en lançant sur Evreux une vingtaine d'obus. Cette affaire coûta aux dragons et aux cuirassiers, ainsi qu'aux artilleurs et aux landwehriens , sept ou huit hommes tués ou blessés, dont trois sous-officiers.
Le général de Kersalaun, qui commandait la subdivision de l'Eure, se voyait réduit à ses propres forces, et découvert sur sa droite par la retraite du général de Malherbe jusque sur l'Iton; convaincu, d'ailleurs, qu'Evreux allait être attaqué le lendemain par les forces considérables dont la présence lui avait été signalée à Dreux, et craignant que notre petit corps de la vallée de l'Eure ne fût pris à revers, il donna l'ordre au colonel Thomas de se replier sans retard sur Gaillon. Le 20 novembre, nos troupes d'observation de la vallée de l'Eure arrivèrent dans cette dernière ville. Le général de Kersalaun, qui les y avait précédées après avoir fait évacuer Evreux, dirigea immédiatement la garde mobile de l'Eure et quelques corps francs sur Couches, et ses autres bataillons sur Louviers par le chemin de fer. De Louviers , il les porta sur Beaumont-le-Roger et Bernay, dans le but d'occuper la ligne de la Rille et de couvrir à Serquigny, où avaient été exécutés quelques travaux de défense, la seule voie ferrée qui reliât encore le Sud de la France avec le Nord. Ce mouvement de retraite, qui découvrait d'un seul coup la presque totalité du département de l'Eure, souleva de vives critiques, et le général de Kersalaun fut presque aussitôt relevé de son commandement. Il est juste, toutefois, de reconnaître qu'il n'avait fait que se con-
former aux instructions ministérielles données au général Delarue; qu'il manquait de cavalerie pour s'éclairer; qu'il avait à surveiller une ligne fort étendue; qu'il n'aurait pu empêcher le détachement de Bredow d'entrer à Evreux le 19, si l'ennemi avait voulu occuper cette ville. Enfin la confusion était telle à cette époque dans le département de l'Eure, comme dans le reste de la Normandie, et les mutations si fréquentes, que le g^énéral de Kersalaun ne savait môme pas , malgré des dépêches réitérées , quel était son supérieur immédiat. Après son départ, le commandement de la subdivision de l'Eure fut réuni, mais seulement à titre provisoire, à celui du général Briand, qui venait d'être replacé à Rouen à la tête de la 2* division militaire.
En réalité, la démonstration faite sur Evreux par l'ennemi avait un caractère purement défensif : le général de Rheinbaben avait principalement pour but de détruire le chemin de fer, de le rendre impraticable pour le transport de nos troupes, et de couvrir ainsi le grand-duc de Mecklembourg pendant qu'il se rabattait vers le Sud.