CHAPITRE HUITIÈME
Elles avaient eu roccasion de se donner la main à Formerie, mais il n'y aura plus désormais aucun lien ni aucun rapport entre leurs opérations respectives.
Comme on l'a vu à la fin du chapitre précédent, le général Briand avait été replacé, le 15 novembre, à la tète de la 2^ division militaire à Rouen. Le général de Tucé, qui exerçait le commandement de la subdivision de la Seine-Inférieure, reçut celui d'une brigade à l'armée de la Loire ; il eut pour successeur le capitaine de vaisseau Mouchez, chef supérieur des forces de terre et de mer au Havre. Par suite de ces changements continuels, aucune tentative sérieuse n'avait été faite pour la formation et l'organisation des troupes de Normandie. Celles qui composaient le corps de l'Andelle, et qui étaient disséminées le long de cette rivière, avaient à peu près le même effectif que précédemment. On doit noter, toutefois, que la 3P batterie de la marine (capitaine Croisier) s'était organisée à Rouen en batterie montée, ce qui, avec la 2" du 10" régiment (capitaine Lenhardt) et celle des mobilisés de Rouen (capitaine \l addington), portait l'artillerie au chiffre de trois batteries. Au moment du retour du général Briand, il y avait donc, en fait de troupes de campagne, dans la Seine-Inférieure, deux régiments de cavalerie et deux bataillons de marche de la ligne, une douzaine de bataillons de mobiles , une quinzaine de corps francs et trois batteries, total, environ seize mille hommes et dix-huit canons de tout calibre.
Le 21 novembre, à la suite de l'évacuation d'Evreux et de la retraite du général de Rersalaun, le
général Briand, que ce mouvement découvrait sur sa droite, et qui avait été chargé du commandement provisoire de la subdivision de l'Eure, se rendit à Louviers et fit arrêter au chemin de fer l'embarquement des troupes qui étaient dirigées sur la Rille. Les mobiles de l'Eure avaient été envoyés à Couches, où, pour la première t'ois, leur régiment se trouva réuni dans la matinée du 21. Avant que leur service de grand'garde eût été organisé, un paysan à cheval accourut tout effaré, annonçant qu'une forte colonne de cavalerie allemande arrivait jusqu'au hameau de Valleuil par la route de Damville. Les mobiles se portèrent aussitôt à la rencontre des cavaliers ennemis et les repoussèrent après une courte fusillade. En les poursuivant, ils trouvèrent, sur le bord de la route, le cadavre d'un jeune mendiant de treize ans transpercé d'un coup de lance '.
Le lieutenant-colonel d'Arjuzon reçut le commandement des troupes qui se trouvaient à Serquigny et à Couches. Il avait alors sous ses ordres le 5* bataillon de marche de la ligne, venu de la rive droite, le régiment de la mobile de l'Eure, le (? bataillon de la Loire-Inférieure, le 1" bataillon de la garde nationale de Couches (commandant Barbie du Bocage), les éclaireurs de Normandie, la guérilla rouennaise et les francs-tireurs de l'Eure, d'Evreux et de Breteuil. Appuyé sur la foret de Couches, il avait pour mission de repousser les incursions de l'ennemi, qui occupait alors Pacy, Saint-André et Nonancourt.
En arrivant à Louviers, le 21 novembre, le général Briand avait ordonné au lieutenant-colonel Tho-
* V. Barbie du Bocage : Rapport sur la guerre 1870-1871. Paris.