CHAPITRE HUITIEME
mas de réunir ceux de ses bataillons qui n'étaient pas encore partis pour Serquigny, et de se porter immédiatement surVernon qui était menacé, et qui devait être occupé le lendemain par l'ennemi. Un train spécial fut organisé sur-le-champ, et, dans la nuit suivante, tout le 3' bataillon de la mobile de l'Ardèche, renforcé de la moitié du 2^ et d'une compagnie de francs-tireurs, fut transporté dans cette direction. Vers trois heures du matin, ce détachement arriva à destination et fut aussitôt dirigé sur les hauteurs de la forêt de -Bizy, qui couvrent Vernon du côté de Pacy-sur-Eure, où l'ennemi était signalé depuis la veille. Le commandant de Montgolfier, avec trois compagnies du 3^ bataillon, fut chargé de garder la route principale de Vernon à Evreux, et le commandant Bertrand, avec les quatre compagnies du 2', renforcées des francs-tireurs de Seine-et-Oise (capitaine Poulet-Langletj , reçut la mission d'observer les hauteurs et les défilés du Petit-Val ainsi que la grande route de Paris; en outre, deux compagnies furent placées à environ un kilomètre de l'entrée et de la sortie de la ville pour arrêter l'ennemi s'il se présentait sur ces points. En adoptant ces dispositions, le colonel Thomas avait l'intention de laisser les Allemands traverser la forêt et pénétrer dans la ville , afin de pouvoir ensuite les y cerner. Ces mesures étaient prises, lorsque, vers sept heures et demie du matin, les premières sonneries prussiennes se firent entendre sur la route de Pacysur-Eure; une patrouille, précédant l'avant-garde à un quart d'heure d'interiralle, puis le gros de la troupe, l'artillerie, les fourgons et enfin l'arrière-garde, passèrent successivement, et sans le savoir, au milieu des
rangs des mobiles. C'était un fort détachement de la brigade de Redern, composé d'infanterie du 2" régiment bavarois et de hussards du 10' régiment de Âlagdebourg.
Lorsque, vers huit heures, les premiers éclaireurs ennemis se présentèrent dans Vernon , ils remarquèrent chez les habitants une assurance qu'ils n'étaient pas habitués à rencontrer. L'avant-garde seule pénétra dans la ville et se mit en devoir de faire des perquisitions à la mairie; mais, ayant essuyé quelques coups de feu, les Allemands partirent précipitamment en enlevant des otages pour se garantir contre les balles de nos soldats, dont la présence leur avait été malheureusement révélée. Dès lors, ils ne songèrent plus qu'à la fuite. D'abord ils essayèrent de se sauver par la route de Paris; mais, la trouvant gardée par les mobiles de l'Ardèche, qui les reçurent à coups de fusil, ils rentrèrent dans la ville tout efi\irés et furent contraints de chercher une issue à travers les bois. Tandis qu'ils faisaient filer par un chemin détourné l'arlillcrie et les fourgons escortés par la cavalerie, ils lancèrent en avant l'infanterie bavaroise pour couvrir ce mouvement. Les mobiles prirent aussitôt l'offensive, et un combat s'engagea sur la grande route de la forêt où l'ennemi se présentait en masse dans l'intention de forcer le passage. Après une vive fusillade, qui dura près d'une heure, les Allemands se dispersèrent et furent poursuivis avec beaucoup d'entrain jusqu'à la lisière des bois, du côté de Pacy. Les trois compagnies du 3' bataillon de l'Ardèche avaient pris à cette affaire la part la plus sérieuse sous les ordres du commandant de Montgolfier, qui, au fort de la mêlée, eut un cheval