I. Télégramme du 28 décembre, lO'Uo matin
i. Télégramme du 28 décembre, midi.
RÉOCCUPAÏION DE DIJON. 16f>
accepté la mission d'observ^er la route de Tonnerre à Dijon et d'occuper le défilé du Val Suzoa, entre Saint- Seine et cette ville.
Une fois la possession de Dijon assurée, Bourbaki voulait concentrer les IS** et 20* corps entre Auxonne, Pontailler, Pesmes et Dampierre. Si, contre son attente, Tennemi tentait de défendre Gray, il l'attaquerait directement avec ses deux corps, tandis que le 24* marcherait de Besançon sur le même point. Si, au contraire, il évacuait Gray sans combat, il se retirerait sans doute sur Vesoul, où nous le suivrions aussitôt, à moins que, déjà, Dijon ne fût menacé de Toiiest, éventualité peu probable. Vesoul occupé, si Garibaldi tenait les Vosges entre cette ville et Belfort, le siège de cette place serait forcément levé. Le reste dépendrait des événements.
Ainsi Bourbaki acceptait sans mot dire la tutelle que M. de Freycinet prétendait exercer sur lui. Mais la situation allait devenir plus délicate. En eflfet, dans la journée du 28, on annonçait à la Délégation que Zastrow avait quitté Auxerre pour marcher sur Nuîts-sous-Ravières et Châtillon-sur-Seine ; une première colonne allait atteindre Tonnerre le 29. Il fallait en conclure que Téveil avait été donné à l'ennemi et qu'il se concentrait vers Test. Néanmoins, la Délégation ne parut pas s'en inquiéter tout d'abord. Le général Séré de Rivières, commandant le génie du 24" corps, rendait compte au ministre qu'il avait reconnu les ponts situés sur l'Ognon, de Voray à Pin. Ils étaient intacts, ce qui permettrait au 24* corps de marcher de Besançon sur Gray ou Vesoul, selon le cas. Déjà on annonçait que les Allemands préparaient^ non sans hâte, l'évacuation de Gray. Le Délégué eût voulu que Bourbaki saisît cette occasion de se jeter au travers des colonnes ennemies en retraite.
Pourtant, après avoir reçu le compte rendu du général eu date du 28, M. de Freycinet donna son approbation aux dispositions proposées par lui. Prévoyant que nous ne rencontrerions pas plus de résistance à Gray qu'à Dijon, il assurait que, si nous continuions d'avancer aussi rapidement^ nous atteindrions Vesoul avant les renforts allemands venant
<le l'ouest. Il ne croyait pas que rennemi pût être tenté de «e porter directement de Tonnerre à Dijon.
Ce même télégramme contenait, à Tégard de M. de Serres, quelques phrases significatives : « Je me félicite de la bonne entente qui règne entre vous et M. de Serres, qui est en mesure de vous donner de très utiles indications; il est bien entendu, d'ailleurs, que ces indications, quelque confiance qu'elles méritent, ne doivent gêner en rien la liberté de vos décisions dont vous avez seul la responsabilité. J'espère, général, que. Dieu aidant, vous allez rendre à la France de grands services*. »
Bourbaki répondit le même jour : « Je vous remercie des •encouragements que vous me donnez; si mes opérations réussissent, le siège de Belfortsera levé; je pourrai, en me jetant sur les communications de l'ennemi, prêter un secours efficace aux défenseurs de Paris, peut-être même les aider à faire lever le blocus.... » Pourtant, des renseignements recueillis, il croyait démêler une double concentration des Allemands, de l'ouest à Test, par Châtillon-sur-Seine, et de l'est à l'ouest, par Vesoul et Combeaufontaine. Si ces deux courants devenaient assez puissants pour nous interdire la continuation de l'offensive, il faudrait renoncer à modifier réellement l'ensemble de la situation. Le général en prenait texte pour réclamer des renforts d'infanterie, d'artillerie, des chevaux, tout ce dont pourrait disposer le ministre. Enfin, il faisait valoir la nécessité de garder sérieusement nos communications*.
Le même soir, M. de Freycinet lui annonçait, sous une forme dubitative, que Gray et Vesoul avaient été évacués en hâte. D'autre part, le mouvement de Tennemi d'Auxerre et d'Orléans sur Tonnerre et Châtillon était confirmé. On signalait une grande activité sur les lignes ferrées se dirigeant de Tonnerre et de Troyes vers Langres. Il y avait in-