‹ Campagne de l'est en 1870-1871Chapitre 104 sur 165 · Télégramme de M. Cazot à Gambetla (23 décembre · texte numérisé non relu

Télégramme de M. Cazot à Gambetla (23 décembre

170 NUITS, VILLER8BXBL.

On a vu par les télégrammes résumés plus haut que, ni Bourbaki, ni M. de Freycinet n'avaient encore arrêté leurs idées au sujet des opérations qui allaient commencer. M. de Serres conseillait de répartir nos forces en trois groupes. A Textrême gauche, Cremer marcherait sur Langres tout en surveillant le corps Zastrow ; derrière lui , Dijon resterait occupé par les 15,000 à 20,000 mobilisés du général Pellissier. Au centre, Tarmée de Bourbaki proprement dite (18*, 20^ corps, réserve générale), se porterait sur Vesoul. A l'extrême droite, vers le haut Doubs, Bressolles opérerait avec les V et 2* divisions du 24* corps et la colonne tirée de Besançon. Garibaldi et ses troupes seraient transportés, par voie ferrée, aussi loin que possible dans la direction de Belfort, de façon à pouvoir gagner les Vosges, comme le désirait le général. Avec Bressolles, il débloquerait Belfort, soutenu, au besoin, par Bourbaki. Puis il garderait les Vosges, en soulèverait les populations, et le reste de l'armée, prenant pour base ces montagnes et Langres, aurait pour objectif Nancy et la grande artère qui reliait les troupes allemandes à la mère -patrie*.

Ce projet ne tenait pas un compte suffisant de la nécessité de couvrir Bourbaki dans la direction de la haute Seine. Il paraissait admettre , a priori, que l'ennemi attendrait passivement nos coups, éventualité des moins vraisemblables. Du reste, il ne fut pas intégralement adopté par le Délégué, ainsi que nous le verrons. Celui-ci continuait à prendre des mesures insuffisantes pour couvrir les derrières de Bourbaki. Le 30, il recommandait au général de presser Garibaldi d'occuper solidement le Val-Suzon, si ce n'était fait, de façon à protéger notre gauche, «malgré l'improbabilité d'une marche de l'ennemi de Tonnerre sur Dijon». Il revenait encore, avec grande raison, sur l'utilité d'atteindre rapidement Vesoul, afin de prévenir la concentration des Allemands*.

1. Télégramme du 80 décembre, il heures matlu. MM. de Freycinet et de Serres avaient déjà la plus fâcheuse opinion du général Bressolles (Télégramme de M. de Serres, 31 décembre, 9*>07 matin).

2. Télégramme du 30 décembre, midi. M. d'Eichthal porte à tort la date de cette dépêche au 29 décembre.

Bourbaki se contenta de communiquer la dépêche précédente « pour exécution » à M. de Serres'. Pas plus en cette occasion qu'en aucune autre, il ne crut devoir entrer en relation avec Garibaldi. D'après M. d'Eîchthal, il était convaincu que le célèbre Italien n'accepterait pas volontiers les ordres d'un Français, et qu'il chercherait des faux-fuyants pour éviter de les exécuter. Il jugea inutile de vérifier cette supposition qu'aucun fait précis n'autorisait..

Le même soir, il rendait compte au ministre que le transport des 18* et 20* corps serait sans doute terminé le 31. Il n*avait pas attendu cette date pour mettre en marche les fractions déjà débarquées. Le quartier général du 18® corps, à Beaune le 30, devait être, le 31, à Saint-Jean-de-Losne et le 1«' à Auxonne ; celui du 20* ne serait à Dole que le 31 *. Au Cas où l'ennemi évacuerait Gray, Bourbaki avait l'intention de faire occuper cette ville par Cremer et de marcher directement sur Vesoul avec le gros de l'armée. Sa confiance dans le succès paraissait entière'. Au contraire, M. de Freycinet entrait alors dans une phase de doutes et d'anxiété. Très inquiet, avec raison, de la lenteur de notre concentration, il croyait une première masse de 70,000 Allemands déjà formée autour de Belfort, tandis qu'une deuxième de 80,000 hommes était près de l'être vers Langres. Rien de moins exact, nous le verrons plus loin. Pourtant ces hypothèses amenaient le Délégué à insister encore auprès de Bourbaki sur la nécessité d'aller vite. Il ne lui cachait pas l'existence des deux centres de concentration qu'il prêtait à l'ennemi. «Vous êtes entre deux armées que vous pouvez écraser séparément ou du moins annihiler, et qui, par leur jonction, pourraient vous menacer sérieusement. Ne perdez

]. Télégramme du 30 décembro, 2i>25 soir.

8. !'• division du 18« corps à Labergement-les-Seurre (30 décembre); 2« division à Villy-les-Moutior, Villy-le-Brûlé, Longuenay. i'® divisioQ à Pagny-la- Ville (31 décembre); 2« division à Esbarres, Charey, Magny-les-Aubigny, Bonencontre.

La réserve générale était à Pontoux et Sermesse (est de Verdun-sur-Saône) le 31 dJcembre.

3. Télégramme du 30 décembre. Bourbaki ajoutait qu'il ne pourrait se porter plus au Dord avant d'avoir fait lever le siège de Belfort.

172 NUITS, VILLBKSEKEL.

donc pas un instant et faites des miracles d'activité. » Il terminait en lui annonçant l'arrivée de 15,000 hommes prélevés sur les garnisons d*Âuxonne et de Besançon, ainsi que de 400 chevaux d'artillerie * .

Vis-à-vis de M. de Serres, le Délégué cherchait moins encore à dissimuler ses inquiétudes. Après lui. avoir communiqué ce qu'il croyait savoir au sujet de l'ennemi, il ajoutait : « Si jamais on arrive à Vesoul, on pourra avoir sur les bras 150,000 hommes sans les renforts venant d'Allemagne....» La gravité de cette situation Tamenait à une conclusion inattendue : on allait remplacer le 15® corps' à Vierzon par de nouvelles formations, et on le dirigerait sur Clerval ou Gray pour renforcer Bourbaki. La date de ce mouvement serait fixée d'accord avec M. de Serres*.

Le même soir, M. de Freycinet revenait sur ce sujet auprès de Bourbaki, exagérant encore la note inquiète, si sensible déjà dans sa dépêche à M. de Serres. Il n'était pas loin de reprocher au général la lenteur de notre concentration, lenteur dont les auteurs responsables étaient avant tout le ministère de la guerre et les compagnies de chemins de fer. Il se contentait de faire allusion au projet d'envoi du 15* corps sur la Saône.

On peut conclure de cet incident significatif que M. de Freycinet commençait à se rendre compte, un peu tard, des difficultés d'une entreprise commencée à la légère, sans préparation véritable. Les retards survenus dans nos transports par voies ferrées auraient pu, sans doute, être prévus. Dans tous les cas, on devait s'attendre à voir les Allemands se concentrer en deux masses, l'une à l'est, l'autre à l'ouest de la Saône Etant donné la mobilité de leurs troupes, il fallait même prévoir que cette double concentration s'opérerait plus vite que ce ne fut réellement le cas. Puisque l'on donnait pour premier objectif à Bourbaki la levée du siège de Belfort, il était nécessaire qu'il s'enfonçât dans la sorte de couloir qui

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