‹ Campagne de l'est en 1870-1871Chapitre 120 sur 165 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

L*ARMÉE SE DÉROBE VERS l'EST

La division Gremer. — Lenteur da mouvement de Bourbaki. — Ordres pour la journée du 9 janvier. — Lps Allemands. -^ Seoonnaissiinces au sud de Vesoul. — Instructions de Moltke. — Ordres de Werder pour le 9 janvier.

Le général Bourbaki avait conçu le projet suivant : abandonner la direction suivie jusqu'alors, se dérober vers sa droite, s'emparer des nœuds de route de Villersexel et d'Esprels, couper Wercler de ses communications avec Belfort; puis se porter contre Tresckow avec les 18**, 20* et 24* corps, tandis que Cremer marcherait de Dijon sur Vesoul, en menaçant les derrières de Werder. Ces mouvements commencefraient le 6; Tarmée appuierait tout entière vers Test, eu défilant sur une ligne à peu près parallèle au front de Tennemi.

Comme nous l'avons vu, ces dispositions étaient celles que redoutait surtout Werder. Elles furent approuvées par M. de Freycinet , quoiqu'il jugeât avantageux de diriger Cremer plutôt sur Langres que sur Vesoul*. A ses yeux, le concours de cet officier général n'était pas indispensable à Bourbaki, qui, sans le 15' corps, disposait de près de 80,000 hommes contre 35,000. De plus, il croyait que la présence de Cremer à Langres gênerait les colonnes allemandes en marche vers l'est pour renforcer Werder. C'eût été pour Bourbaki, écrit M. de Freycinet, un soulagement réel que de se sentir « ainsi couvert sur sa gauche, car la seule présence de Garibaldi à Dijon ne pouvait lui donner une sécurité complète à cet égard. Les troupes dont disposait ce chef de partisans pouviaient suffire à éclairer le pays, mais non à arrêter efficace-

1. Télégramme du 6, 8^15 soir. M. de Freycinet autorisait Bourbalci à se renforcer tout ou partie des garuisons qui ne seraient pas indispensables aux pinces de la région. Il ajoutait que Langres pourrait fournir 10,000 hommes, clii.Tro assurément Irôs exagéré.

nient les corps ennemis dirigés sur Gray ou Pontailler ». Au contraire, Cremer manœuvrant entre Gray et Langres avec 20,000 hommes et donnant la main à Garibaldi c aurait sans doute barré le passage aux ennemis^ ».

C'est ici le lieu de répéter que Garibaldi et Pellissier, avec ou sans le concours de Crem3r, étaient tout à fait incapables d'arrêter les H* et VII* corps prussiens. Que pouvait, en face de CBS quatre divisions, un ensemble aussi hétérogène, aussi faiblement organisé, presque sans artillerie, ni cavalerie, dont le commandement était tiraillé entre trois chefs distincts. Un seul moyen s'offrait d'assurer jusqu'à un certain point la sécurité de notre gauche pendant la marche sur Belfort : c'était d'établir le 15* corps entre Dijon et Langres, face au nord-ouest. Même jointes à l'armée des Vosges et aux mobilisés de Pellissier, ses trois divisions n'auraient pas été de trop pour le rôle si important qui leur eût été dévolu.

Quoi qu'il en soit, il était indispensable que Bourbaki ne perdît pas une heure dans sa marche sur Belfort. Chaque instant écoulé accroissait la probabilité pour l'ennemi de recevoir des renforts, peut être de couper notre retraite. Mais le général en chef ne semblait pas s'en rendre compte. Ainsi, le soir du 6, il annonçait au ministre qu'il serait sans doute forcé de garder l'immobilité le 7 janvier. Pour expliquer cette perte d'une journée, il mettait en avant deux motifs : la marche très lente des convois et le débarquement à Besançon d'une seule brigade du 13' corps*. Le premier n'était que trop réel, mais il n'aurait pas dû entrer en ligne de . compte devant les dangers du moindre retard. Quant au second, il ne reposait sur aucune base sérieuse. La coopération du lô* corps n'avait nullement été admise lors de l'élaboration du projet d'expédition dans l'Est. Par suite, ce corps d'armée ne pouvait être considéré que comme un renfort imprévu.

Pour la V^ armée, la journée du 6 se passait à des mouve-

1. De Freycinet, p. 230. L'effectif attribué à Cremer ne peut s'expliquer que si Ton tient compte des renforts éventuels à tirer de Langres. £n réalité la division Cremer comptait alors 13,000 à ià,000 hommes.

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